Rapport spécial
18 2017

Le ciel unique européen: un changement d'ordre culturel, mais pas de véritable unification

En ce qui concerne le rapport: Lors de cet audit, nous avons examiné une sélection de composantes majeures de l'initiative «Ciel unique européen» (CUE), qui a pour objectif d'améliorer les performances globales de la gestion du trafic aérien (GTA).
Globalement, nous estimons, en conclusion, que l'initiative visait à répondre à un besoin clairement défini et qu'elle a permis de renforcer la culture de l'efficacité en matière de GTA. Cependant, la gestion de l'espace aérien en Europe reste fragmentée et le CUE est un concept qui n'a pas encore été concrètement mis en œuvre. Le montant des redevances de navigation n'a pas été considérablement réduit et les retards liés à la GTA ont recommencé à croître. Le projet SESAR, qui constitue le pilier technologique du CUE, a encouragé la coordination et apporte progressivement des améliorations technologiques, mais il s'est écarté de son calendrier initial et est devenu beaucoup plus onéreux que prévu. Dans les faits, l'intervention de l'UE dans le projet SESAR est passée d'une action assortie d'un délai bien établi pour la réalisation des objectifs à un engagement à durée illimitée.
Nous adressons un certain nombre de recommandations à la Commission européenne et aux États membres afin de les aider à améliorer l'efficacité du CUE.

Cette publication est disponible, au format ci-après, dans 23 langues de l'UE:
PDF
PDF General Report

Synthèse

À propos du ciel unique européen
I

Le transport aérien est une composante importante du marché intérieur de l'UE, car il encourage la mobilité des personnes et des biens et fait progresser la croissance économique. Quelque 920 millions de passagers et 15 millions de tonnes de fret ont été transportés par avion au départ ou à destination d'un aéroport de l'UE en 2015. La même année, l'espace aérien européen a été utilisé par près de 10 millions de vols IFR (Instrument Flight Rules, c'est-à-dire des vols effectués selon les règles de vol aux instruments). La sécurité et l'efficacité des flux nécessitent l'intervention de la gestion du trafic aérien (GTA), qui comporte trois fonctions essentielles: assurer la séparation entre les aéronefs; équilibrer l'offre (de contrôle de la circulation aérienne) et la demande (vols); ainsi que fournir des informations aéronautiques aux usagers de l'espace aérien.

II

Bien qu'il soit intrinsèquement de nature internationale, le trafic aérien est traditionnellement géré au niveau national dans un environnement fragmenté et monopolistique. Ces caractéristiques ont contribué à des retards et à l'augmentation des coûts de la GTA supportés par les usagers de l'espace aérien. C'est pourquoi l'initiative «Ciel unique européen» (CUE) vise à améliorer les performances globales de la GTA en transférant un certain nombre de compétences relevant de la pratique intergouvernementale vers le cadre de l'Union européenne.

III

L'initiative CUE a été officiellement lancée en 2004 et a consisté en la mise en place progressive d'un cadre réglementaire, qui comporte un ensemble de règles contraignantes communes applicables à toute l'UE concernant la sécurité de la GTA, la fourniture de services de GTA, la gestion de l'espace aérien et l'interopérabilité au sein du réseau. Ce cadre est accompagné d'un programme de modernisation technologique, le «projet SESAR» (recherche sur la gestion du trafic aérien dans le ciel unique européen), soutenu par des incitations financières.

Comment avons-nous réalisé notre audit?
IV

Lors de cet audit, nous avons évalué si l'initiative CUE de l'UE avait permis jusqu'à présent d'accroître l'efficacité du système européen de GTA. Nous avons en particulier examiné si le CUE était justifié et dans quelle mesure certaines composantes (les systèmes de performance et de tarification, les blocs d'espace aérien fonctionnels ainsi que les phases de définition et de développement du projet SESAR) avaient contribué à augmenter l'efficacité du système européen de GTA.

V

Nous avons effectué des visites auprès de la Commission (DG MOVE), d'Eurocontrol, de l'AESA, ainsi que de l'entreprise commune SESAR et d'un échantillon de ses membres. Nous nous sommes également rendus dans cinq États membres – l'Espagne, la France, la Hongrie, la Suède et le Royaume-Uni – en visitant dans chacun d'entre eux, le service public responsable de la politique du transport aérien, l'autorité nationale de surveillance et un prestataire de services de navigation aérienne. En outre, nous avons examiné un échantillon d'activités (11 projets de recherche et de développement, quatre activités de démonstration et une étude) réalisées dans le cadre du projet SESAR et cofinancées par l'UE.

Qu'avons-nous constaté?
VI

L'initiative CUE était justifiée, parce que la gestion du trafic aérien en Europe était perturbée par les monopoles nationaux et par la fragmentation. Les différentes composantes de cette politique constituent un ensemble cohérent qui vise effectivement à corriger ces défauts. Cependant, en raison de changements des caractéristiques du trafic, une partie des objectifs de haut niveau définis en 2005 pour l'initiative est devenue irréalisable et une autre a perdu sa raison d'être.

VII

Les systèmes de performance et de tarification visent à atténuer les effets négatifs de la situation de monopole en matière de fourniture de services, moyennant la fixation d'objectifs contraignants et l'élaboration de règles communes pour la facturation des coûts aux usagers de l'espace aérien. Ces systèmes ont favorisé une culture de l'efficacité et de la transparence au niveau des prestataires de services de navigation aérienne (PSNA). Cependant, les résultats quantitatifs n'ont pas répondu aux attentes: les retards étaient généralement supérieurs aux objectifs établis dans les plans de performance et, après avoir atteint leur niveau le plus faible en 2013, n'ont cessé d'augmenter depuis; les taux unitaires payés par les usagers de l'espace aérien dépendent fortement des volumes de trafic et n'ont diminué que de 4 % entre 2011 et 2016, soit une réduction inférieure à l'objectif fixé par la Commission pour l'ensemble de l'UE.

VIII

L'absence de défragmentation significative ainsi que le ralentissement de la croissance du trafic expliquent dans une large mesure les faibles résultats quantitatifs obtenus par le système de performance. Les blocs d'espace aérien fonctionnels (BEAF) constituent essentiellement un cadre de coopération entre les parties prenantes d'États voisins, mais ils se sont avérés inefficaces pour s'attaquer à la fragmentation aux niveaux de la gestion de l'espace aérien, de la fourniture de services ou des marchés publics relatifs à l'acquisition d'équipements techniques.

IX

Les autorités nationales de surveillance (ANS) connaissent des difficultés pour s'acquitter de leur mission de supervision parce qu'il arrive qu'elles ne soient pas dotées des ressources nécessaires pour ce faire et parce qu'elles ne sont pas toujours pleinement indépendantes des PSNA. En ce qui concerne notamment l'efficacité économique, nous avons également relevé une limitation due au fait que les coûts facturés aux usagers de l'espace aérien ne font pas l'objet de contrôles réguliers.

X

Le processus d'adoption des objectifs pour le système de performance est lent et complexe. La conclusion d'accords entre la Commission et les États membres s'est avérée difficile, en particulier dans les domaines de la capacité et de l'efficacité économique. En outre, plusieurs indicateurs utilisés pour mesurer les performances de la gestion du trafic aérien comportent des lacunes, étant donné qu'ils ne permettent pas d'en relever certains aspects pertinents.

XI

Les phases de définition et de développement du projet SESAR ont encouragé les principales parties prenantes à s'engager dans un plan technologique commun, tandis que sa phase de développement a permis de coordonner un environnement de recherche et développement autrefois fragmenté. L'entreprise commune SESAR publie progressivement des documents relatifs aux améliorations technologiques et opérationnelles, sous la forme de paquets appelés «solutions SESAR». Cependant, le rôle de l'UE dans le projet depuis son lancement initial a évolué pour ce qui est du champ d'application, du calendrier et de l'ampleur financière, puisque tous ces éléments ont été considérablement étendus ou prolongés. Désormais, le projet a une vision en matière de recherche et développement en constante évolution, sans limitation de durée, qui ne s'inscrit pas dans la logique du cadre réglementaire régissant l'entreprise commune SESAR. Ce décalage a une incidence négative sur l'obligation de rendre compte faite à l'entreprise commune. En 2016, seule une petite partie du plan directeur en place avait vraiment été exécutée et le délai pour la réalisation des ambitions du projet SESAR a été reporté à 2035, au lieu de 2020 comme envisagé au départ. En outre, des projets de recherche et développement ont été lancés sans qu'une analyse coûts-avantages spécifique n'ait démontré leur valeur ajoutée.

Quelles sont nos recommandations?
XII

La Commission devrait:

  • revoir les objectifs de haut niveau du CUE;
  • analyser d'autres options stratégiques pour réaliser la défragmentation;
  • garantir l'indépendance totale des ANS, les doter de capacités suffisantes et combler les lacunes en matière d'inspection au niveau du système de tarification;
  • rationaliser le système de performance;
  • revoir certains indicateurs de performance clés;
  • revoir la structure du soutien apporté par l'UE à la recherche et au développement, à la lumière de ses objectifs;
  • renforcer l'obligation de rendre compte faite à l'entreprise commune SESAR;
  • accorder prioritairement l'aide de l'UE à des solutions de recherche et développement qui encouragent la défragmentation et un environnement concurrentiel.

Introduction

Contexte

01

Le transport aérien est une composante importante du marché intérieur de l'UE et de la compétitivité des entreprises et services européens. Il permet la mobilité des personnes et des biens dans l'UE et au delà, tout en faisant progresser la croissance économique, l'emploi et le commerce. Quelque 920 millions de passagers et 15 millions de tonnes de fret ont été transportés par avion au départ ou à destination d'un aéroport de l'UE en 2015. La même année, l'espace aérien européen a été utilisé par près de 10 millions de vols effectués selon les règles de vol aux instruments1.

02

La gestion du trafic aérien est indispensable pour assurer la sécurité et l'efficacité des transports aériens dans un contexte de croissance du trafic aérien et d'utilisation d'un volume limité d'espace aérien. La GTA se compose de trois activités principales:

  • assurer la séparation entre les aéronefs;
  • équilibrer l'offre (de contrôle de la circulation aérienne) et la demande (vols), afin d'assurer la sécurité, l'efficacité et la rapidité de l'écoulement du trafic aérien;
  • fournir des informations aéronautiques aux usagers de l'espace aérien (par exemple des aides à la navigation et des informations météorologiques).
03

La gestion du trafic aérien était traditionnellement mise en place et assurée au niveau national par des prestataires de services de navigation aérienne, ce qui a eu trois conséquences importantes: i) le ciel européen était fragmenté en une multitude de secteurs et de centres de contrôle régionaux, délimités sur la base des frontières nationales et gérés par des prestataires de services de navigation aérienne (voir carte 1); ii) chaque prestataire de services de navigation aérienne fonctionnait selon ses propres procédures et utilisait des outils de support sur mesure, ce qui limitait effectivement l'intégration, l'interopérabilité et les économies d'échelle; iii) les prestataires de services de navigation aérienne bénéficiaient dans une large mesure d'une situation de monopole à l'égard d'un marché de l'aviation beaucoup plus concurrentiel.

Carte 1

Régions européennes d'information de vol

Source: Eurocontrol2.

04

Les usagers de l'espace aérien européen doivent payer des redevances pour les services de gestion du trafic aérien reçus, sur la base du type d'aéronef et de la distance parcourue dans la zone qui relève de la responsabilité de chaque prestataire de services de navigation aérienne (PSNA), en fonction de la trajectoire prévue. Chaque année, ils paient jusqu'à 9 milliards d'euros pour ces services3, soit quelque 900 euros par vol en moyenne.

Que faut-il entendre par ciel unique européen?

05

L'initiative «Ciel unique européen» (CUE) avait pour objectif d'améliorer les performances globales de la gestion du trafic aérien (GTA), tout en répondant aux besoins de tous les usagers de l'espace aérien4.

06

Aujourd'hui, le CUE constitue un cadre réglementaire (voir point 10), assorti d'un programme de modernisation technologique (le projet SESAR). Il comporte un ensemble de règles applicables dans toute l'UE relatives à la sécurité de la GTA, à la fourniture de services GTA, à la gestion de l'espace aérien, à l'interopérabilité au sein du réseau, ainsi qu'à l'aide financière apportée au projet SESAR.

07

La zone géographique couverte par le CUE comprend l'ensemble des 28 États membres de l'Union européenne, mais s'étend également à la Suisse et à la Norvège. Le CUE implique un large éventail de parties prenantes, aux niveaux national et européen.

PARTIES PRENANTES Rôle principal
COMMISSION EUROPÉENNE Responsable de la mise en œuvre générale de l'initiative CUE.
EUROCONTROL Organisation intergouvernementale, composée de 41 États5, qui exerce, entre autres, les missions suivantes: gestionnaire de réseau chargé d'exercer la fonction ATFM centrale, de coordonner l'utilisation de ressources limitées et de contribuer à la conception d'un réseau de routes européen; fournisseur d'un soutien technique à la Commission, à l'AESA et aux ANS; PSNA dans le centre de contrôle de l'espace aérien supérieur de Maastricht; service central des redevances de route; membre fondateur et contributeur de l'entreprise commune SESAR.
COMITÉ DU CIEL UNIQUE Composé de représentants des États membres et chargé d'émettre des avis sur les décisions et règlements d'exécution de la Commission.
AGENCE EUROPÉENNE DE LA SÉCURITÉ AÉRIENNE (AESA) Assurer la supervision, fournir une assistance aux État membres concernant les questions liées à la GTA, ainsi qu'aider la Commission dans son activité d'élaboration de la réglementation.
AUTORITÉS NATIONALES DE SURVEILLANCE (ANS) Responsables de la certification et de la surveillance de leurs PSNA nationaux, ainsi que de la rédaction et du suivi des plans et objectifs de performance.
ORGANE D'ÉVALUATION DES PERFORMANCES Assister la Commission et, à leur demande, les autorités nationales de surveillance, dans la mise en œuvre du système de performance.
PRESTATAIRES DE SERVICES DE NAVIGATION AÉRIENNE (PSNA) Fournir des services de contrôle de la circulation aérienne, de communication, de navigation et de surveillance, ainsi que transmettre des informations météorologiques et aéronautiques.
USAGERS DE L'ESPACE AÉRIEN Destinataires des services de navigation aérienne de route et au sol. Les compagnies aériennes commerciales, ainsi que les aviations militaire et générale en font partie.
EXPLOITANTS D'AÉROPORT Administrer les infrastructures aéroportuaires, ainsi que coordonner et contrôler les activités des différents acteurs présents dans les aéroports.
ENTREPRISE COMMUNE SESAR (EC SESAR) Responsable de la coordination et de l'exécution des activités de recherche et de développement du projet SESAR, conformément au plan directeur GTA européen.
GESTIONNAIRE DU DÉPLOIEMENT DE SESAR Responsable du déploiement synchronisé d'une sélection de nouvelles fonctionnalités GTA résultant du projet SESAR.

Histoire de l'initiative «Ciel unique européen»

08

En 1989 déjà, les coûts excessifs et les retards dus au contrôle de la circulation aérienne, ainsi que les trajectoires non rentables causaient des pertes estimées à 4,2 milliards de dollars des États-Unis par an6. Les gouvernements nationaux sollicitaient des initiatives telles qu'un Organisme central de gestion des courants de trafic aérien (afin de gérer les courants au moyen du réseau) ainsi qu'un Programme européen d'harmonisation et d'intégration du contrôle de la circulation aérienne destiné à assurer l'harmonisation technologique7.

09

La Commission européenne a commencé à reconnaître les limitations technologiques et institutionnelles du système de contrôle de la circulation aérienne, telles que la fragmentation de l'espace aérien, une multiplicité de centres nationaux de contrôle de la circulation aérienne, une absence de mécanismes de prise de décision efficaces et d'autorité exécutive, ainsi que des retards coûteux. Se référant à l'ampleur catastrophique des retards, la Commission a présenté en 2001 des plans visant le lancement de l'initiative «Ciel unique européen»8.

10

En 2004, le premier paquet législatif sur le CUE a été adopté9. En 2009, les règlements ont été révisés et leur champ d'application a été étendu par le paquet «CUE II», qui introduisait un système de performance, un système de tarification modifié et des exigences applicables aux blocs d'espace aérien fonctionnels. Un gestionnaire de réseau de même qu'un organe d'évaluation des performances ont été mis en place, afin d'aider la Commission à développer et à gérer le système de performance du CUE. Le cadre se composait également de plusieurs autres mesures d'application et spécifications communautaires («normes techniques») destinées à garantir l'interopérabilité des systèmes. L'annexe I présente une chronologie plus détaillée des étapes de l'initiative CUE.

Soutien financier apporté par l'UE au projet SESAR

11

Bien qu'elle provienne de différents instruments financiers, l'aide fournie par l'UE à l'initiative CUE est essentiellement consacrée au projet SESAR. Le soutien apporté pendant les phases de définition et de déploiement de SESAR était et est encore accordé sous la forme d'octroi de subventions, les taux de cofinancement étant de 50 % pour la phase de définition et compris entre 20 % et 85 % pour la phase de déploiement. En ce qui concerne la phase de développement, un partenariat public-privé a été mis en place (l'entreprise commune SESAR), dans le cadre duquel le financement est partagé entre la Commission européenne (contributions en espèces), Eurocontrol (contributions en espèces et en nature) et un groupe de partenaires industriels (contributions en espèces et en nature).

Tableau 1

Soutien financier apporté par l'UE au projet SESAR

Phase de SESAR Période Contribution de l'UE (millions d'euros) Source(s) du financement
Définition 2004-2006 30 RTE-T
Développement 2007-2013 700 RTE-T et
7e programme-cadre
Développement 2014-2020 585 Horizon 2020
Déploiement 2014-2020 2 500 Mécanisme pour l'interconnexion en Europe
Total 3 815  

Remarque: les montants mentionnés pour la période 2014-2020 sont indicatifs.

Étendue et approche de l'audit

12

Lors de cet audit, la Cour a évalué si l'initiative «Ciel unique européen» de l'UE avait permis jusqu'à présent d'accroître l'efficacité du système européen de GTA. Pour ce faire, nous avons examiné:

  • si l'initiative CUE était justifiée;
  • si les composantes réglementaires du CUE, notamment les systèmes de performance et de tarification, ainsi que les blocs d'espace aérien fonctionnels, avaient bien contribué à augmenter l'efficacité du système européen de GTA;
  • si la composante technologique du CUE (à savoir le projet SESAR) avait bien contribué à la performance du système européen de GTA.
13

Premièrement, les travaux d'audit ont visé à déterminer si une analyse correcte des problèmes affectant le système européen de GTA avait été effectuée avant de lancer les paquets législatifs (de 2004 et de 2009) relatifs au CUE, et si ces composantes de l'initiative CUE avaient permis de résoudre les problèmes recensés. Ensuite, l'audit a consisté à mesurer les avantages réellement apportés par ces composantes jusqu'en 2016, puis à les comparer aux attentes initiales. L'audit n'a pas porté sur la phase de déploiement de SESAR, qui n'a débuté qu'en 2014.

14

Nous avons effectué des visites auprès de la Commission (DG MOVE), d'Eurocontrol, de l'AESA, ainsi que de l'entreprise commune SESAR et de certains de ses membres. Nous nous sommes également rendus dans cinq États membres – l'Espagne, la France, la Hongrie, la Suède et le Royaume-Uni – en visitant dans chacun d'entre eux, le service public responsable de la politique du transport aérien, l'autorité nationale de surveillance et un PSNA. Des entretiens ont été organisés avec des représentants des usagers de l'espace aérien et des contrôleurs de la circulation aérienne. En outre, nous avons effectué des visites auprès d'institutions compétentes des États-Unis qui traitent de la GTA10, afin de procéder à un échange de vues sur leur expérience sur le plan opérationnel et en matière d'audit dans ce domaine.

15

Par ailleurs, l'audit a porté sur un échantillon d'activités (des projets de recherche et de développement, des activités de démonstration et une étude) réalisées dans le cadre de l'entreprise commune SESAR et cofinancées par l'UE. Cet examen a consisté à évaluer si le lancement de ces activités était nécessaire et si leurs réalisations et leurs résultats finals étaient conformes aux attentes. L'annexe II présente l'analyse des activités couvertes.

Observations

L'initiative «Ciel unique européen» était justifiée

16

Nous avons examiné les principaux problèmes qui affectaient le système européen de GTA avant le lancement de l'initiative «Ciel unique européen», ainsi que la nécessité d'une intervention de l'UE dans ce domaine et les attentes liées au CUE.

Une intervention de l'UE s'avérait nécessaire en raison des monopoles nationaux et de la fragmentation

17

Lorsqu'il est fragmenté en petites unités organisées en fonction des lignes de démarcation nationales, l'espace aérien international non seulement limite l'intégration, l'interopérabilité et les possibilités d'économies d'échelle, mais il contribue aussi à retarder des vols. De plus, il n'existe généralement qu'un seul PSNA par pays. Lorsque la concurrence est faible ou inexistante, des situations de quasi-monopole permettent aux fournisseurs de services de dicter leurs conditions en matière d'offre de GTA. Ce contexte justifiait largement une intervention européenne dans ce domaine. Cette dernière a finalement été déclenchée en raison des niveaux élevés de retard enregistrés à la fin des années 1990. En effet, les retards en route dus uniquement à des restrictions en matière de contrôle de la circulation aérienne ont rapidement augmenté pour atteindre près de cinq minutes par vol en 1999 et contribuer considérablement aux retards globaux enregistrés dans le transport aérien.

18

Les principaux instruments politiques de l'initiative «Ciel unique européen», qui sont analysés de façon plus détaillée dans les sections ci-après, constituent un ensemble cohérent qui, en principe, devrait permettre de traiter les principaux problèmes recensés dans le système européen de GTA. Ils confèrent un pouvoir juridique d'exécution assorti d'incitations financières, ce qui devrait favoriser des améliorations considérables de la GTA.

Cependant, les objectifs de haut niveau visés par la politique ont été élaborés à une époque de forte croissance du trafic

19

L'objectif général visé par la politique, en l'occurrence améliorer la sécurité et la performance de la GTA, a été traduit en une série d'objectifs de haut niveau, fixés en prenant 2005 comme année de référence, à savoir: tripler la capacité, réduire de 10 % les incidences sur l'environnement et réduire de moitié les coûts de la GTA pour les usagers de l'espace aérien, tout en améliorant la sécurité d'un facteur 1011.

20

Ces objectifs de haut niveau ont constitué les fondements de la décision de lancement du projet SESAR et d'engagement de fonds de l'UE pour celui-ci. La DG MOVE de la Commission les a adoptés en tant qu'objectifs à moyen terme pour sa politique liée au CUE12.

21

Or ces objectifs avaient été fixés en fonction de la forte croissance du trafic aérien de l'époque et, même alors, n'avaient fait l'objet d'aucune analyse approfondie. Lorsque, par la suite, la demande a connu un ralentissement13, l'objectif relatif à la capacité a perdu sa raison d'être et celui concernant l'efficacité économique est devenu irréalisable. Au cours de l'audit, la Commission a reconnu que les objectifs doivent davantage être considérés comme des aspirations plutôt que comme des valeurs cibles à atteindre. Le ralentissement de la croissance a également modifié les principales attentes des utilisateurs de l'espace aérien à l'égard de l'initiative CUE: après 2008, leur préoccupation majeure n'a plus été d'augmenter la capacité du système de GTA, mais bien d'en diminuer le coût.

Les réalisations obtenues grâce au CUE en matière de réglementation: un changement d'ordre culturel, mais pas de véritable unification

22

Nous avons examiné si certaines composantes réglementaires majeures de l'initiative «Ciel unique européen» (à savoir les systèmes de performance et de tarification ainsi que les blocs d'espace aérien fonctionnels) étaient appropriées pour résoudre les problèmes affectant le système européen de GTA (voir points 23 et 38). En outre, nous avons analysé les résultats obtenus et les avons comparés aux attentes.

Les systèmes de performance et de tarification ont favorisé l'instauration d'une culture axée sur la performance et ont permis de rendre transparente la fourniture de services de navigation aérienne…

23

Le système de performance vise à atténuer la position de monopole des PSNA moyennant la fixation d'objectifs contraignants en matière de sécurité, d'efficacité et de retard des vols, ainsi que de coûts. Le système de tarification a pour but de renforcer la transparence par la définition des coûts admissibles à une facturation aux usagers de l'espace aérien, ainsi que par l'élaboration de règles communes pour le calcul de taux unitaires. Les deux systèmes comportent également des dispositions sur le suivi de leur mise en œuvre par la Commission et par les autorités nationales de surveillance. L'annexe III donne une description plus détaillée du fonctionnement de ces systèmes, ainsi que des liens entre eux.

24

La mise en œuvre des systèmes de performance et de tarification a apporté essentiellement les deux avantages ci-après, qui ont généralement été reconnus par l'ensemble des parties prenantes concernées.

  1. Ces systèmes ont aidé les PSNA à mettre en place une culture axée sur la performance, qui n'était pas toujours présente par le passé. La définition d'objectifs de performance, la mesure des résultats et les incitations liées à leur réalisation ont contribué à l'instauration de cette culture et ont amené les PSNA à chercher à améliorer l'efficacité de leurs opérations.
  2. La disponibilité en temps utile d'informations pertinentes requises par les systèmes de performance et de tarification a contribué à conférer un niveau élevé de transparence à la fourniture de services de navigation aérienne, amélioration encore favorisée par une consultation régulière entre parties prenantes.

… mais les résultats quantitatifs sont inférieurs aux attentes…

25

Nous avons analysé les résultats quantitatifs des systèmes de performance et de tarification en fonction des objectifs en matière d'environnement, de capacité et d'efficacité économique pour les première (2012-2014) et deuxième (2015-2019) périodes de référence14. De plus, la figure 1 montre l'évolution à plus long terme des retards réels en route et des taux unitaires moyens15, ainsi que le trafic réel, auquel ils sont étroitement liés.

26

Nous soulignons les éléments ci-après.

  1. En ce qui concerne la capacité, les retards liés à la gestion des courants du trafic aérien en route (voir ligne verte sur la figure 1) en 2016 sont moins graves qu'en 2008 pour un volume de trafic comparable. Cependant, l'objectif à l'échelle de l'UE de 0,5 minute par vol n'a jamais été atteint et les retards ont augmenté depuis 2013, pour atteindre en 2016 le double de la valeur cible. Les mouvements sociaux ont contribué à 13,6 % du total du retard en route en 2016 et un total estimatif de 13 000 vols ont été annulés pendant les jours de grève16.
  2. En ce qui concerne l'efficacité économique, les taux unitaires réels (voir ligne rouge de la figure 1) ont connu une diminution cumulée de 22 % à prix constants entre 2004 et 2016. Or l'essentiel de cette réduction a été obtenu entre 2004 et 2008, à savoir pendant les années où le trafic a connu une forte croissance et avant l'entrée en vigueur du système de performance. Entre 2011 (année précédant la mise en œuvre du système des coûts fixés et du système de performance) et 2016, la réduction totale n'a été que de 4 %. Cette mauvaise performance s'explique principalement par le volume de trafic inférieur aux prévisions. Ce résultat se situe en deçà de l'objectif de réduction défini par la Commission pour l'UE en matière de coûts unitaires fixés (3,5 % et 3,3 %, respectivement, pendant les première et deuxième périodes de référence)17. En fait, les avantages réellement obtenus pour les utilisateurs sont largement inférieurs aux attentes suscitées par les décisions de la Commission. En règle générale, nous avons observé que les coûts unitaires fixés et les taux unitaires dépendent fortement, respectivement, des prévisions de trafic et du trafic réel.
  3. Par ailleurs, en ce qui concerne les indicateurs de performance clés (IPC) relatifs à l'environnement, malgré une amélioration progressive pendant la première période de référence et la première année de la deuxième période de référence, la valeur cible définie pour 2014 (4,67 % de dépassement par rapport au trajet le plus court entre l'origine et la destination) n'a pas été atteinte (4,9 %) et le dernier chiffre disponible (2016) montre une interruption de la tendance positive observée précédemment (4,91 %).

Figure 1

Évolution à long terme du trafic, des retards en route et des taux unitaires moyens

Source: Calcul effectué par la Cour des comptes européenne, sur la base de données transmises par Eurocontrol (communiquées par le gestionnaire de réseau et par le service central des redevances de route).

27

Les résultats en matière de performance au niveau local (à savoir aux niveaux des blocs d'espace aérien fonctionnels (BEAF) et des zones tarifaires) varient et dépendent de circonstances propres à celui-ci: la situation géographique, le cadre juridique et institutionnel, l'organisation de la fourniture des services, les conditions du personnel, la structure de coût spécifique, ainsi que les caractéristiques du trafic (voir exemples à l'encadré 1).

Encadré 1

Les résultats au niveau local dépendent de circonstances propres à celui-ci

  • Ces dernières années, la situation en matière de retards en route s'est détériorée en Espagne et en France. En Espagne, cette aggravation était due à un trafic plus dense que prévu dans le Sud-Ouest de l'Europe, mais en France, elle résultait essentiellement de la mise en œuvre d'un nouveau système d'exploitation dans certains centres de contrôle régionaux, ainsi qu'à des grèves des contrôleurs de la circulation aérienne. Au contraire, la Suède et la Hongrie ont enregistré des valeurs très faibles en matière de retards en route, car ces deux pays ne sont traditionnellement pas confrontés à des contraintes de capacité.
  • En Suède et au Royaume-Uni, les résultats en matière d'efficacité économique ont été affectés par certains éléments de coût, notamment des droits à pension définis qui sont considérés comme hors du contrôle des PSNA18.
  • En Espagne, une loi de 2010 a modifié les conditions de travail des contrôleurs de la circulation aérienne. Cela a permis de réduire considérablement les coûts de personnel, et de les aligner sur la moyenne des cinq principaux PSNA en Europe. Depuis la mise en place du système en 2012, les taux unitaires sont restés stables.

… et les systèmes sont affectés par des lacunes

Absence de lien entre les objectifs visés dans le cadre du système de performance et les objectifs de haut niveau du CUE

28

Le système de performance vise à améliorer l'efficacité globale des services de navigation aérienne dans les quatre domaines de performance clés que sont la sécurité, l'environnement, la capacité et l'efficacité économique, conformément au cadre de performance du plan directeur européen de gestion du trafic aérien19. La fixation des objectifs de performance à l'échelle de l'Union européenne doit être considérée comme faisant partie d'un processus visant à réaliser les objectifs énoncés dans le plan directeur20.

29

Malgré l'existence de ces dispositions, aucune mesure n'a été effectuée pour connaître la contribution du système de performance à la réalisation de ces objectifs de haut niveau au cours de la première période de référence. Ces derniers ne sont d'ailleurs aucunement mentionnés dans la décision de la Commission fixant les objectifs de performance à l'échelle de l'UE pour la deuxième période de référence.

Les IPC ne sont pas toujours adaptés à leur finalité

30

Les indicateurs de performance sélectionnés étaient, dans une large mesure, fondés sur les travaux existants d'Eurocontrol et déterminés par la disponibilité préalable d'informations. Cependant, nous avons relevé l'existence de problèmes (décrits ci-après) relatifs au caractère approprié de certains indicateurs lorsqu'il s'agit de mesurer la performance dans leur domaine respectif.

31

Environnement. Dans ce domaine, l'indicateur clé vise à faire apparaître la différence entre la trajectoire prévue ou réelle et le trajet le plus court21. Or, tandis que la trajectoire peut certainement être allongée en raison de la congestion ou d'une conception non optimale des routes, il existe également un certain nombre de facteurs qui donnent lieu à des écarts par rapport au trajet le plus court: les conditions météorologiques, des restrictions de l'espace aérien en raison d'opérations militaires ou des décisions liées à l'efficacité économique prises par les compagnies aériennes (les taux unitaires varient considérablement d'un pays à l'autre, comme cela est indiqué sur la carte 2, ce qui conduit souvent les usagers de l'espace aérien à opter pour des trajets où les services de navigation aérienne sont moins onéreux plutôt que pour des trajets plus courts). C'est pourquoi l'obligation de rendre compte concernant ces IPC ne peut être totalement imposée aux différents PSNA, étant donné que ces facteurs échappent à leur contrôle. En outre, l'efficacité verticale des vols n'est actuellement pas ciblée, bien que l'altitude à laquelle vole un aéronef détermine également son incidence sur l'environnement.

Carte 2

Divers taux unitaires en route dans les différents États participant au CUE en 2016 (exprimés en euros)

Source: SCRR d'Eurocontrol.

32

Capacité. Les retards constituent une mesure très pertinente de la performance pour les transports aériens. Cependant, ceux causés par la gestion du trafic aérien représentent moins d'un tiers de l'ensemble des retards enregistrés par les passagers22. Aucun objectif contraignant n'est fixé pour d'autres éléments constitutifs du retard global «porte à porte», par exemple le temps supplémentaire en phase de roulage au départ avant le décollage ou les trajectoires d'attente dans les environs des aéroports avant l'atterrissage. Alors que les PSNA ne seront tenus de rendre compte que pour une partie du retard global porte à porte, un indicateur utile dans ce domaine devrait inclure les composantes principales du retard total. Il convient de noter que ces composantes font déjà l'objet d'un suivi, dans le domaine de l'environnement, mais pas au moyen d'objectifs contraignants.

33

Par ailleurs, la mesure des retards est un indicateur de la capacité des PSNA à répondre aux pics de demande, mais il ne fournit pas d'informations sur l'utilisation efficace de cette capacité pendant les périodes creuses, ce qui pose un problème compte tenu des variabilités horaire, journalière et saisonnière du trafic.

Le processus décisionnel relatif aux objectifs de performance est lent et complexe

34

L'adoption d'objectifs de performance s'effectue selon un processus en trois étapes, à savoir i) la proposition, la consultation et la décision relatives aux objectifs au niveau de l'UE, ii) l'établissement de plans de performance pour les BEAF23, comportant des objectifs au niveau local et à celui des BEAF, suivi de leur évaluation par l'organe d'évaluation des performances, et iii) la décision prise par la Commission sur la compatibilité entre, d'une part, les objectifs définis au niveau local/au niveau des BEAF et, d'autre part, les objectifs de haut niveau à l'échelle de l'UE. Lorsqu'elle prend une décision sur les objectifs de performance, la Commission doit demander un avis au comité du ciel unique24, ce qui peut entraîner un blocage ou un report de cette décision.

35

Ce processus est intrinsèquement lent, étant donné que les délais légaux peuvent aller jusqu'à deux ans. Dans la pratique, la conclusion d'accords sur les objectifs relatifs à l'efficacité économique s'est avérée particulièrement difficile, en raison des niveaux d'ambition différents affichés par la Commission et par les États membres concernant l'ampleur de la réduction des coûts. Les négociations effectives avec les États membres et le comité du ciel unique se sont prolongées sur une bonne partie de la période de référence que les décisions étaient censées couvrir. L'ensemble du processus pour la deuxième période de référence a déjà pris près de quatre ans et n'est pas encore totalement clôturé pour tous les BEAF25 (voir annexe IV pour des cas spécifiques).

Contrôle insuffisant des objectifs de performance et des taux unitaires

36

Les autorités nationales de surveillance et la Commission sont responsables du contrôle de la mise en œuvre des plans de performance et la réglementation applicable prévoit qu'elles peuvent réaliser des inspections auprès des PSNA et du gestionnaire de réseau, si elles le jugent opportun26. Les autorités nationales de surveillance (ANS) sont également habilitées à mener des inspections relatives à la détermination de redevances de navigation aérienne27. Pour réaliser ces activités, les ANS doivent être indépendantes des PSNA, au moins au niveau fonctionnel, et disposer des ressources et des capacités nécessaires pour effectuer les tâches qui leur sont assignées28. En outre, la Commission est aussi chargée d'évaluer les taux unitaires au regard des dispositions sur les systèmes de performance et de tarification29.

37

Nous avons relevé un certain nombre de lacunes qui limitent l'exercice efficace du contrôle.

  1. Nous avons recensé des cas où le manque de ressources (humaines et/ou financières) adéquates ou la séparation purement fonctionnelle mais pas hiérarchique et financière à l'égard des PSNA limitait la capacité des ANS à s'acquitter de leur mission. En Espagne, la séparation hiérarchique entre le PSNA et l'ANS n'était pas totale. En France, l'ANS et le PSNA doivent faire rapport au même directeur général et partagent des ressources financières provenant d'un budget commun financé essentiellement par les mêmes redevances de navigation que l'ANS est chargée de surveiller en vertu de la réglementation. En Hongrie, il n'existe pas de séparation fonctionnelle, car la législation nationale confie au PSNA l'établissement de l'assiette des coûts de la GTA et l'ANS manque des ressources nécessaires pour exercer sa mission de surveillance. Dès 2013, la Commission a proposé de renforcer «en priorité» l'efficience et l'indépendance des ANS, mais sur ce plan, la situation est restée inchangée en 2017.
  2. Dans les cinq États membres visités, aucune inspection régulière n'avait été effectuée pour assurer que seuls les coûts admissibles sont inclus dans le système de tarification, ni pour vérifier si ces derniers avaient été supportés de façon efficace sur le plan économique et ventilés de façon adéquate entre les zones tarifaires de route et terminales. Étant donné que les vérifications effectuées par l'organe d'évaluation des performances lors de son appréciation des taux unitaires au nom de la Commission ne portent pas non plus sur l'admissibilité des coûts sous-jacents, les taux unitaires sont imposés aux usagers sans que les coûts qui leur sont sous-jacents soient suffisamment vérifiés.
  3. Les orientations sur la ventilation des coûts entre les zones de route/terminales se sont avérées insuffisantes, ce qui a donné lieu à manque d'harmonisation des procédures comptables d'un État membre à l'autre et à un risque de financement croisé entre les services de route et terminaux: la facturation des services de navigation aérienne terminaux aux usagers de l'espace aérien qui ne font que survoler l'espace aérien en question sans recourir à ces services terminaux.
  4. Les dépenses en capital30 figurant dans les plans de performance font partie du coût unitaire fixé et seront facturées aux usagers de l'espace aérien même si les PSNA choisissent d'annuler ou de reporter ces investissements. Alors que l'organe d'évaluation des performances a relevé une sous-utilisation du capital d'environ 1 milliard d'euros pendant la période 2012-201531, aucune disposition ne prévoit la restitution de ces montants aux usagers si les investissements correspondants ne se concrétisent pas.

En fin de compte, les blocs d'espace aérien fonctionnels ont favorisé les structures de coopération, mais pas la défragmentation

38

La création de la notion de blocs d'espace aérien fonctionnels visait à réagir à la fragmentation, notamment à gérer l'espace aérien sur la base d'exigences de fonctionnement et non de frontières nationales. Or le cadre réglementaire en vigueur ne prévoit pas la création de BEAF permettant de s'attaquer efficacement à la fragmentation, en ce qui concerne la gestion de l'espace aérien, la fourniture de services ou les marchés publics pour l'acquisition d'équipements techniques.

Un changement conceptuel progressif

39

Depuis la vision initiale de la Commission, centrée sur une configuration de l'espace aérien qui permettrait le fonctionnement de centres de contrôle régionaux de taille optimale, les BEAF se sont progressivement transformés en des mécanismes de coopération entre ANS et PSNA d'États membres voisins.

  1. La Commission a énoncé son ambition initiale concernant les BEAF dans une communication de 200132, qui mentionnait la «création de zones de contrôle sans tenir compte des frontières nationales». Elle y proposait la création d'une région supérieure d'information de vol (RESIV) pour l'Europe qui devait être «reconfigurée en blocs d'espace aérien fonctionnels d'une taille minimale définis sur la base de critères de sécurité et d'efficacité». Les limites de ces blocs d'espace aérien fonctionnels ne devaient pas nécessairement coïncider avec les frontières nationales et les blocs d'espace aérien fonctionnels devaient être conçus de manière à permettre la «fourniture de services de trafic aérien par des centres de contrôle régionaux dans des zones de l'espace aérien de taille optimale à l'intérieur de la RESIV».
  2. Dans le premier paquet CUE, les BEAF sont définis comme des blocs d'espace aérien fondés sur des besoins opérationnels et qui visent à assurer une gestion plus intégrée de l'espace aérien, indépendamment des frontières existantes33. Ce paquet envisageait la création de la RESIV, configurée en BEAF qui devaient respecter un certain nombre de conditions relatives à la sécurité, à l'efficacité et à l'opérabilité34. Si les BEAF s'étendaient sur le territoire de plusieurs États membres, ces derniers devaient désigner conjointement les prestataires de services35. Toutefois, la référence à des centres de contrôle régionaux dans des zones de l'espace aérien de taille optimale à l'intérieur de la RESIV a disparu.
  3. Le deuxième paquet CUE, adopté en 2009 et encore en vigueur, a introduit la notion de «coopération renforcée», au lieu de la «gestion intégrée» dans la définition des BEAF36. Autre élément fondamental, il a également éliminé l'obligation de configurer la RESIV envisagée en BEAF. L'exigence relative aux BEAF ne mentionne pas explicitement la fourniture obligatoire de services intégrés ou transnationaux.

La mise en œuvre effective a fait l'objet de divergences…

40

Après l'adoption du deuxième paquet CUE, neuf BEAF ont été officiellement créés en Europe (voir carte 3).

Carte 3

Les neuf BEAF créés, ainsi que leur date de création

Source: Eurocontrol.

41

La mise en œuvre effective des BEAF a fait l'objet de divergences entre la Commission et les États membres. En 2013, la Commission s'est demandé, de façon générale, comment les BEAF pouvaient contribuer à l'optimisation de l'espace aérien indépendamment des frontières nationales, si les régions d'information de vol restaient identiques, si les PSNA étaient structurés de la même façon et si l'organe d'évaluation des performances jugeait dans certains cas que les objectifs d'efficacité économique et de capacité fixés dans les plans de performance n'étaient pas optimaux.

42

Les expressions «permettent une utilisation optimale de l'espace aérien» et «se justifient par la valeur ajoutée»37 laissent une grande marge d'interprétation aux États membres lors de la mise en œuvre des BEAF. En général, ils n'ont pas accepté les arguments avancés par la Commission et ont indiqué que la création des structures de BEAF et des mécanismes de coordination avait respecté les obligations législatives. Cela montre que, de manière générale, la Commission et les États membres ne comprennent pas les obligations réglementaires de la même façon. Aucun cas n'a abouti devant la Cour de justice de l'Union européenne. Dans une étude sur la mise en œuvre des BEAF, des consultants ont constaté que «les BEAF n'ont pas permis d'atteindre les objectifs politiques de haut niveau énoncés par la législation sur le CUE, malgré les efforts considérables déployés pour leur mise en œuvre»38.

… et a permis d'instaurer une coopération, mais pas de réaliser la défragmentation

43

Dans les États membres que nous avons visités, la création des BEAF avait donné lieu à la mise en place, au sein des ANS et des PSNA, de structures et de procédures de coopération. Elles servent essentiellement pour des matières liées à la coopération réglementaire et technique, comme la mise en place d'un espace aérien de route libre dans leurs zones. Plusieurs BEAF (par exemple le FABCE et le BEAF Royaume-Uni-Irlande) coordonnent officiellement la mise en œuvre du projet pilote commun39.

44

Cependant, la coopération existait déjà avant la création des BEAF et les PSNA exercent des activités similaires avec d'autres partenaires en dehors de leur BEAF respectif. Des initiatives techniques comme COOPANS et ITEC permettent d'effectuer des investissements coordonnés et BOREALIS sert à mettre en œuvre des dispositions en matière de route libre qui dépassent les limites des BEAF. Cela montre que la coopération volontaire, en dehors de tout cadre réglementaire, permet aussi d'obtenir certains avantages.

45

Aucun des États membres visités n'était en mesure de fournir une estimation précise des coûts de la création ou du fonctionnement d'un BEAF, et aucun des organismes visités n'a pu démontrer que les BEAF avaient apporté des avantages concrets aux usagers de l'espace aérien. Aucune mesure n'a été effectuée en fonction des domaines de performance clés du système de performance. De plus, même si plusieurs IPC ont été définis au niveau des BEAF, la plupart d'entre eux constituent une simple agrégation d'objectifs nationaux.

46

La défragmentation, entre autres au moyen de la fourniture de services transfrontaliers, de la fusion de centres de contrôle de la circulation aérienne ou de zones tarifaires communes, n'a été réalisée dans aucun BEAF et les États membres font en général preuve d'un manque d'engagement pour ces initiatives. Les préoccupations liées au maintien de la souveraineté, aux PSNA déjà en place, à leurs revenus et à leurs effectifs figurent parmi les principaux facteurs qui conduisent les États membres à préférer le maintien du statu quo.

Mais la taille a son importance et le besoin de défragmentation subsiste

47

Une étude réalisée par Eurocontrol au nom de la Commission et concernant l'efficacité économique de la GTA en Europe et en Amérique du Nord40 comporte des éléments probants attestant des économies d'échelle et des bénéfices potentiels de la défragmentation. Alors que les caractéristiques du trafic et le contexte politique diffèrent entre ces deux zones géographiques, l'étude souligne que le système de GTA aux États-Unis, où la gestion du trafic aérien est intégrée dans une organisation unique, permet de contrôler un plus grand nombre de vols avec moins de personnel et de centres de contrôle de la circulation aérienne (voir tableau 2).

Tableau 2

Sélection de données sur la performance pour l'Europe et pour les États-Unis

Année civile 2014 États membres d'Eurocontrol États-Unis
Zone géographique (millions de km²) 12 15
Vols IFR contrôlés (millions) 10 15
Heures de vol contrôlées (millions) 15 23
     
PSNA de route civils 37 1
Nombre total de membres du personnel 56 300 31 500
Contrôleurs de la circulation aérienne en service opérationnel
17 500 12 960
Personnel de soutien
38 800 18 540
Centres de contrôle de la circulation aérienne en route 63 23
     
Densité relative (vol/km2) 0,85 1,03
Productivité41 (heures de vol/contrôleur de la circulation aérienne) 834 1 767

Source: U.S. - Europe continental comparison of ANS cost-efficiency trends (2006-2014), Eurocontrol, novembre 2016.

48

Notre analyse de la productivité des centres de contrôle de la circulation aérienne42, fondée sur des données recueillies par Eurocontrol, corrobore également l'existence d'économies d'échelle potentielles. Bien que plusieurs autres facteurs puissent avoir un impact sur la productivité, l'analyse montre qu'il existe une corrélation positive entre la productivité d'un centre de contrôle de la circulation aérienne et sa taille, mesurée en nombre de mouvements selon les règles de vol aux instruments sur une année. Cela semble indiquer qu'une consolidation des centres et/ou des formes renforcées de fourniture de services transfrontaliers temporaires (par exemple un centre de contrôle de la circulation aérienne pourrait fournir des services de navigation aérienne en dehors des frontières nationales pendant les périodes creuses) permettrai(en)t une utilisation plus efficace des capacités inutilisées et, par suite, une augmentation de la productivité et de l'efficacité économique.

49

Compte tenu des économies d'échelle, il faudrait une augmentation du trafic combinée à une réelle défragmentation de la fourniture de services pour obtenir des avancées vers la réalisation de l'objectif actuel de haut niveau de réduction de moitié des coûts de la GTA.

Le projet SESAR a encouragé une vision commune, mais il s'est écarté du calendrier initial et sa durée est à présent illimitée

50

Le projet SESAR est le volet technologique de l'initiative CUE et est constitué d'un partenariat public-privé entre la Commission européenne, Eurocontrol et plusieurs parties prenantes de l'industrie, ainsi que d'un cadre réglementaire spécifique et d'une gamme d'instruments financiers. Il vise à harmoniser et à moderniser les systèmes et procédures de GTA dans l'ensemble de l'Europe. Dès le début, le projet SESAR a été divisé en une phase de définition (élaboration du plan de modernisation), une phase de développement (mise en place des bases technologiques nécessaires) et une phase de déploiement (installation des nouveaux systèmes et procédures).

51

Nous avons examiné le cas du projet SESAR, ainsi qu'une sélection d'aspects de ses phases de définition et de développement, notamment la création, le fonctionnement et la prolongation de l'entreprise commune SESAR. Pour un échantillon de projets de recherche et développement et d'activités connexes, nous avons examiné l'évaluation des besoins qui en a justifié le lancement, les réalisations obtenues et l'utilisation opérationnelle de ces éléments livrables jusqu'à présent.

Le projet SESAR s'attaquait à la fragmentation sur le plan technologique, mais ses avantages ont été surestimés et l'intervention de l'UE était censée être temporaire

52

En visant le rassemblement de différentes parties prenantes pour les engager dans un plan directeur GTA, le projet SESAR avait pour objectif de s'attaquer à la fragmentation existante en matière de fourniture de services sur les plans technologique, conceptuel et procédural. En 2004, le coût dû à la fragmentation a été estimé à 880 à 1 400 millions d'euros par an, dont près de la moitié résultait de la fragmentation des marchés publics, du développement et du fonctionnement des systèmes de GTA43.

53

Cependant, les avantages attendus du projet SESAR, comme une réduction des retards et des coûts, ont été surestimés, car ils étaient fondés sur des prévisions de trafic à long terme trop optimistes qui ne se sont pas concrétisées. L'analyse coûts-avantages de 2005 sous-tendant le projet était fondée sur une prévision de croissance annuelle du trafic de 2,9 % pendant 30 ans (de 2005 à 2035). Or les données montrent que, pendant la période 2005-2016, la croissance moyenne réelle a été de 1,1 %, au lieu de 2,9 %. Un optimisme similaire a caractérisé certaines étapes clés qui ont marqué ultérieurement la phase de développement du projet SESAR: l'édition 2009 du plan directeur GTA et une étude de 2012 à l'appui d'une prolongation de l'entreprise commune SESAR44.

54

Le projet SESAR avait été lancé avec un calendrier précis. D'après une communication adressée en 2005 par la Commission au Conseil45, la phase de définition devait se dérouler de 2005 à 2007, puis être suivie de phases de développement (de 2008 à 2013) et de déploiement (de 2014 à 2020). La portée de la participation de l'UE devait se limiter à la définition et au développement: tant la gouvernance que le financement de la phase de déploiement devaient être intégralement transférés aux parties prenantes de l'industrie. Le règlement du Conseil qui a constitué par la suite l'entreprise commune SESAR46 comportait ce calendrier dans son considérant et disposait que l'entreprise commune cesserait ses activités au 31 décembre 2016, tout en prévoyant la possibilité d'une révision.

La phase de définition du projet SESAR a permis d'assurer la participation des principales parties prenantes

55

En 2004, Eurocontrol a sollicité auprès de la Commission l'octroi d'une aide financière pour la phase de définition du projet SESAR. La Commission a accordé ce soutien financier par des décisions de 2004, de 2005 et de 2006. En tout, Eurocontrol a perçu 30 millions d'euros provenant du RTE-T et destinés à cofinancer une étude dont le coût total s'élevait à 60 millions d'euros.

56

La phase de définition du projet SESAR a été mise en œuvre par un groupement d'entreprises47, composé de toutes les parties prenantes principales, des usagers de l'espace aérien aux exploitants d'aéroport, aux PSNA et aux constructeurs. Cette phase a duré de 2005 à 2008 et a permis de réaliser un certain nombre d'éléments livrables48, mais aussi le premier plan directeur GTA européen, en guise de feuille de route pour les phases de développement et de déploiement du programme SESAR. Le plan directeur a été approuvé par le Conseil en mars 2009 et a servi de base pour la phase de développement qui a suivi.

L'entreprise commune SESAR est parvenue à déployer des efforts coordonnés en matière de recherche et développement dans le cadre du système européen de GTA…

57

Les activités de recherche et développement (R&D) en matière de GTA peuvent s'avérer complexes et il convient d'en assurer la gestion. Cela résulte du niveau élevé d'interdépendance entre les aéroports, les usagers de l'espace aérien, le gestionnaire de réseau et les PSNA, ainsi que de la nécessité de mener en parallèle la recherche et développement et les opérations réelles.

58

L'entreprise commune SESAR a été constituée49 pour gérer les activités de recherche et développement relevant de la phase de développement. Elle a mis en place un cadre pour gérer un programme de R&D très complexe et pour coordonner un environnement de R&D auparavant fragmenté. Les parties prenantes ont indiqué que le projet SESAR avait encouragé: i) une vision à l'échelle de l'UE de la configuration et du déploiement futurs du système européen de GTA, avec l'adhésion des parties prenantes, y compris des constructeurs; ii) des partenariats coordonnés entre parties prenantes lors de travaux de R&D ainsi que des économies d'échelle; iii) une influence européenne accrue sur la définition de normes internationales et sur l'élaboration du plan mondial de navigation aérienne de l'OACI. En outre, la disponibilité de financements de l'UE a conduit les parties prenantes à engager des ressources supplémentaires dans la recherche et développement.

… mais son mandat comporte des lacunes

59

Le cadre juridique attribue à l'entreprise commune SESAR la responsabilité de l'exécution du plan directeur GTA (et notamment de l'organisation de la phase de développement conformément à ce plan)50. Le mandat de l'entreprise commune SESAR manque toutefois de clarté en ce qui concerne les deux éléments ci-après.

  1. Le règlement de 2007 du Conseil prévoyait la dissolution de l'entreprise commune SESAR pour la fin 2016, mais il confiait également à cette dernière l'exécution du plan directeur, dont plusieurs activités de recherche et développement s'étendent au-delà de 2020.
  2. Le règlement ne confie pas explicitement à l'entreprise commune SESAR la mission d'actualiser le plan directeur et décrit simplement la procédure d'approbation de ses modifications importantes par l'UE. L'implication de l'entreprise commune SESAR dans ce processus est mentionnée dans des documents qui ne sont pas juridiquement contraignants51 et qui l'invitent à proposer des mises à jour que son conseil d'administration doit adopter.
60

Le cadre susmentionné fait peser un risque sur l'efficacité du projet. D'abord, parce qu'en raison du décalage entre la durée de vie réglementaire de l'entreprise commune SESAR et les travaux de recherche et développement qu'elle était chargée d'exécuter, il est difficile de savoir clairement l'état d'avancement qui devait être atteint pour la date de cessation de l'entreprise commune. Ensuite, en raison des actualisations qui ont en définitive une incidence sur le calendrier et sur les coûts et avantages attendus par les différentes parties prenantes, l'état d'avancement est mesuré en fonction d'objectifs variables, ce qui diminue encore l'obligation de rendre compte faite à l'entreprise commune SESAR à l'égard de son mandat.

Les actualisations du plan directeur traduisent de nouvelles réalités, mais résultent aussi d'importants retards…

61

L'entreprise commune SESAR a en effet engagé des ressources considérables dans le processus d'actualisation du plan directeur52. Jusqu'en 2017, deux actualisations majeures ont été apportées au plan directeur et une troisième est prévue pour 2018.

62

Le principal facteur à l'origine de la première actualisation (en 2012) était la prise de conscience que les activités de recherche et développement prévues ne pourraient pas toutes être terminées pour fin 2016. C'est pourquoi les efforts en la matière ont été centrés sur «un ensemble gérable de modifications opérationnelles essentielles»53. L'actualisation est intervenue à la suite d'un exercice interne de l'entreprise commune SESAR, réalisé par les membres de son comité du programme et destiné à recenser les besoins stratégiques de ses membres et à réaffecter des ressources aux projets en conséquence. Nous prenons acte que le groupe de travail chargé de redéfinir les priorités du programme n'a pas inclus les usagers de l'espace aérien, qui seront en définitive tenus de payer les investissements préconisés dans le plan directeur. Nous estimons que cela nuit à la nécessaire adhésion aux solutions SESAR et à l'efficacité globale du projet. Dans le programme américain équivalent baptisé NextGen, l'absence d'adhésion des compagnies aériennes, notamment leur réticence à équiper leurs aéronefs avec de l'électronique aérospatiale compatible, a été considérée comme l'un des défis majeurs pour le déploiement54.

63

Cette situation a affecté presque tous les projets de recherche et développement lancés au départ. Bon nombre d'entre eux ont ainsi vu leur champ d'application modifié et ne pouvaient plus obtenir les réalisations prévues initialement au cours de la durée de vie de l'entreprise commune SESAR. Il est apparu clairement que le calendrier envisagé au départ pour la phase de développement (2008-2013) ne pouvait plus être respecté.

64

Le principal facteur à l'origine de la deuxième actualisation (en 2015) était la nécessité de centrer le programme de recherche et développement sur les exigences de la phase de déploiement, notamment celles du projet pilote commun, ainsi que d'intégrer de nouveaux éléments tels que les aéronefs téléguidés et la cybersécurité.

65

Les actualisations ont permis de modifier considérablement à la fois la forme et le contenu du plan directeur GTA. Nous prenons acte des principales évolutions ci-après entre les différentes versions.

Tableau 3

Évolution d'une sélection de mesures du plan directeur GTA européen

  Plan directeur de 2009 Plan directeur de 2012 Plan directeur de 2015
Objectifs de performance Années de référence: 2004 et 2005
Délai visé: 2020

Objectifs:

   Augmenter de 73 % la capacité

   Réduire de 10 %les incidences sur l'environnement par vol

   Réduire de 50 % les coûts par vol

Année de référence: 2005
Délai visé: 2030

Objectifs:

   Augmenter de 27 % la capacité

   Réduire de 2,8 % les incidences sur l'environnement par vol

   Réduire de 6 % les coûts par vol

Année de référence: 2012
Délai visé: 2035

Objectifs:

   Réduire de 10 % à 30 % le délai en route

   Réduire de 5 % à 10 % les incidences sur l'environnement par vol

   Réduire de 30 % à 40 % les coûts par vol

Coûts d'investissement 32 milliards d'euros sur la période 2008-2020 (dont 22 milliards d'euros pour les usagers de l'espace aérien et 7 milliards d'euros pour les PSNA) De 20 à 29 milliards d'euros (dont 13 à 17 milliards d'euros pour les usagers de l'espace aérien et 3 à 6 milliards d'euros pour les PSNA) De 19 à 28 milliards d'euros sur la période 2015-2035 (dont 17 à 26 milliards d'euros pour des investissements au sol)

Source: Plans directeurs GTA européens de 2009, de 2012 et de 2015.

66

Le tableau ci-dessus fait apparaître un report progressif de la date de réalisation du concept cible de la GTA de 2020 à 2035, une réduction des avantages attendus en matière de performance et une diminution marginale des besoins d'investissement. En ce qui concerne le cas particulier des PSNA, il est à présent prévu que les investissements requis soient plus élevés qu'en 200955.

… et, en définitive, aboutissent à la décision de prolonger la durée de vie de l'entreprise commune SESAR et d'engager des ressources supplémentaires

67

L'édition actualisée de 2012 du plan directeur définissait trois étapes principales56 en vue du déploiement du concept SESAR d'ici à 2030. En 2013, la Commission a toutefois reconnu57 que, dans le cadre des perspectives financières 2007-2013, le programme de travail de l'entreprise commune SESAR ne permettrait de couvrir que l'étape 1 et une partie de l'étape 2 du plan directeur et qu'une prolongation de l'entreprise commune SESAR s'avérerait nécessaire pour terminer les étapes 2 et 3. Pour soutenir la prolongation de l'entreprise commune SESAR, la Commission a indiqué que ses avantages dépasseraient largement ses coûts. En 2014, le Conseil a modifié le règlement (CE) n° 219/2007, prolongeant la durée de vie de l'entreprise commune SESAR jusqu'en décembre 2024, et a accordé au budget de celle-ci un financement supplémentaire de l'UE de 585 millions d'euros pendant cette période.

68

L'analyse coûts-avantages (ACA) étayant la décision de prolonger l'entreprise commune SESAR comportait une prévision à long terme trop optimiste du trafic aérien. En outre, elle ne comprenait pas d'estimation des coûts de recherche et développement postérieurs à 2020, alors qu'elle présentait une comparaison de ces coûts avec les avantages attendus jusqu'en 2035. Cette asymétrie illustre le décalage entre la nature temporaire de l'entreprise commune SESAR (et du cadre financier qui la supporte) et la durée nécessaire des travaux de recherche et développement qu'elle est chargée d'exécuter.

69

Les actualisations du plan directeur et la prolongation de l'entreprise commune SESAR ont écarté davantage du calendrier initial la phase de développement en cours et procédaient d'un changement de vision plutôt que d'un simple report. Alors qu'ils étaient au départ limités à la période 2008-2013, les efforts de recherche et développement ont à présent une durée illimitée, bien qu'ils soient soutenus par une structure temporaire.

Fin 2016, quelques solutions technologiques ont fait l'objet d'une publication, mais la mise en œuvre du plan directeur était encore loin d'être terminée

70

L'entreprise commune SESAR publie des documents relatifs aux améliorations technologiques et opérationnelles, sous la forme d'un certain nombre de paquets appelés «solutions SESAR»58. Elle a également réalisé des démonstrations, dans des environnements vraiment opérationnels, des avantages potentiellement apportés par ces améliorations.

71

Moyennant la réaffectation de ressources et des actualisations du plan directeur, l'entreprise commune SESAR a cependant revu le champ d'application du programme de recherche et développement en cours d'exécution, modifiant le contenu et le calendrier des projets, ainsi que l'ensemble du concept cible ATM. Cette flexibilité a été saluée par l'entreprise commune SESAR et par ses membres, mais elle masque aussi des retards accusés par les travaux de R&D par rapport à la planification initiale.

72

Dans ce contexte, nous souhaitons souligner les quatre questions ci-après.

  1. Les rapports externes de l'entreprise commune SESAR ne donnent pas une image complète de l'état d'avancement de la mise en œuvre du plan directeur. Le rapport annuel d'activité présente un pourcentage d'avancement par rapport à la dernière actualisation du champ d'application de chaque projet et il ne fait pas état des retards par rapport aux délais initiaux.
  2. L'entreprise commune SESAR assure toutefois un suivi régulier de la maturité des améliorations opérationnelles qui doivent être incluses dans les solutions SESAR59. Notre analyse montre qu'à la fin de 2016, l'entreprise commune SESAR n'avait validé que 19 % des améliorations opérationnelles au niveau «Développement préindustriel et intégration» et que 61 % d'entre elles étaient encore au stade «Définition du concept».
  3. En 2016, seule une petite partie du plan directeur en cours avait été exécutée, alors que la plupart des aides de l'UE initialement prévues pour la phase de développement avaient déjà été dépensées (700 millions d'euros). Il a dès lors fallu prolonger l'existence de l'entreprise commune SESAR jusqu'en 2024 et lui octroyer 585 millions d'euros de financement supplémentaire de la part de l'UE.
  4. Bien qu'ils aient été présentés dans chaque édition du plan directeur ATM à un niveau global, les différents projets de recherche et développement audités ont été lancés sans qu'une analyse coûts-avantages préalable n'ait démontré l'ampleur du problème à résoudre et la probabilité que les investissements engagés rapporteraient un avantage net. Dans le contexte des actualisations du plan directeur, des modifications ont été apportées au champ d'application de plusieurs projets, qui n'ont donné lieu qu'à une partie des réalisations prévues (voir annexe II).

Conclusions et recommandations

73

La sécurité et l'efficacité des flux de circulation aérienne nécessitent l'intervention de la gestion du trafic aérien (GTA), qui comporte trois fonctions essentielles: assurer la séparation entre les aéronefs; équilibrer l'offre (de contrôle de la circulation aérienne) et la demande (vols); fournir des informations aéronautiques aux usagers de l'espace aérien.

74

L'initiative «Ciel unique européen» (CUE) vise à améliorer les performances globales de la GTA en transférant un certain nombre de compétences relevant de la pratique intergouvernementale vers le cadre de l'Union européenne.

75

L'initiative CUE a été officiellement lancée en 2004 et a consisté en la mise en place progressive d'un cadre réglementaire, qui comporte un ensemble de règles contraignantes communes applicables à toute l'UE concernant la sécurité de la GTA, la fourniture de services de GTA, la gestion de l'espace aérien et l'interopérabilité au sein du réseau. Ce cadre est accompagné d'un programme de modernisation technologique (le «projet SESAR» – recherche sur la gestion du trafic aérien dans le ciel unique européen), soutenu par des incitations financières.

76

Nous avons examiné une sélection de composantes réglementaires majeures de l'initiative «Ciel unique européen». Ces dernières comportent les éléments suivants: i) les systèmes de performance et de tarification, qui définissent des objectifs contraignants dans quatre domaines de performance (la sécurité, l'environnement, la capacité et l'efficacité économique), ainsi que des règles pour fixer les coûts à facturer aux usagers de l'espace aérien; ii) les blocs d'espace aérien fonctionnels qui visaient à optimiser la fourniture de services traditionnellement organisés en fonction des frontières nationales; iii) les phases de définition et de développement du projet SESAR, le pilier technologique de l'initiative «Ciel unique européen», qui avait pour objectif d'harmoniser et de moderniser les procédures et infrastructures de GTA.

77

Globalement, nous estimons, en conclusion, que l'initiative visait à répondre à un besoin clairement défini et qu'elle a permis de renforcer la culture de l'efficacité en matière de GTA. Cependant, la gestion de l'espace aérien en Europe reste fragmentée et le ciel unique européen est un concept qui n'a pas encore été concrètement mis en œuvre. Le montant des redevances de navigation n'a pas été considérablement réduit et les retards liés à la GTA ont recommencé à croître. Le projet SESAR encourage la coordination et apporte progressivement des améliorations technologiques, mais il s'est écarté de son calendrier initial et est devenu beaucoup plus onéreux que prévu. Dans les faits, l'intervention de l'UE dans le projet SESAR est passée d'une action assortie d'un délai bien établi pour la réalisation des objectifs à un engagement à durée illimitée.

78

Les monopoles nationaux et la fragmentation justifiaient l'intervention de l'UE, qui a abouti à l'initiative CUE. Au départ, la formulation d'objectifs de haut niveau pour celle-ci faisait référence à l'évolution du trafic aérien en 2005. Lorsque la croissance du trafic a par la suite connu un ralentissement, l'objectif de haut niveau relatif à la capacité a perdu sa raison d'être et celui concernant l'efficacité économique est devenu irréalisable. En outre, ces objectifs ne sont pas liés à ceux définis dans le système de performance (voir points 16 à 21, ainsi que 28 et 29).

Recommandation n° 1 – Revoir les objectifs de haut niveau

La Commission devrait proposer une définition du ciel unique européen qui comporte les dimensions essentielles de l'architecture de l'espace aérien, de la fourniture de services et des infrastructures. Sur cette base, elle devrait ensuite revoir les objectifs de haut niveau visés par le CUE, en veillant à ce qu'ils soient suffisamment ambitieux pour encourager la performance et à ce que des échéances réalistes soient fixées pour leur réalisation. Pour qu'une mesure de l'état d'avancement de celle-ci soit possible, ces objectifs de haut niveau révisés devraient aussi être liés aux objectifs définis à l'échelle de l'UE dans le système de performance. Il faudrait en tenir compte lors de la fixation des objectifs de la troisième période de référence, étant donné que celle en cours (la deuxième) s'achèvera en 2019. Les objectifs de haut niveau révisés devraient aussi devenir la référence pour faire évoluer le plan directeur actuel.

Délai de mise en œuvre: pour 2019.

79

Les systèmes de performance et de tarification constituent, en principe, des outils appropriés pour atténuer les effets négatifs de la situation en grande partie monopolistique en matière de fourniture de services. Ils ont favorisé une culture de l'efficacité et de la transparence auprès des prestataires de services de navigation aérienne (PSNA). Cependant, les résultats quantitatifs obtenus dans le cadre des systèmes sont inférieurs aux attentes: les retards des vols étaient généralement supérieurs aux objectifs établis dans les plans de performance et, après avoir atteint leur niveau le plus faible en 2013, n'ont cessé d'augmenter depuis; les taux unitaires payés par les usagers de l'espace aérien dépendent fortement des volumes de trafic et n'ont diminué que de 4 % entre 2011 et 2016, soit une réduction inférieure à l'objectif fixé par la Commission pour l'ensemble de l'UE.

80

L'absence de défragmentation significative ainsi que le ralentissement de la croissance du trafic expliquent dans une large mesure les faibles résultats quantitatifs obtenus par le système de performance. Les blocs d'espace aérien fonctionnels (BEAF) constituent essentiellement un cadre de coopération entre les parties prenantes d'États voisins, mais ils se sont avérés inefficaces pour s'attaquer à la fragmentation aux niveaux de la gestion de l'espace aérien, de la fourniture de services ou des équipements techniques. Les BEAF n'ont pas permis d'encourager la fourniture de services transfrontaliers intégrés ou temporaires, ce qui aurait pu considérablement améliorer la performance (voir points 22 à 49).

Recommandation n° 2 – Analyser d'autres options stratégiques pour s'attaquer à la fragmentation

La Commission devrait:

  1. évaluer la valeur ajoutée apportée par le maintien des obligations réglementaires pour les BEAF, compte tenu de leur inefficacité lorsqu'il s'agit de réaliser la défragmentation;
  2. revoir les options stratégiques qui, seules ou associées aux BEAF, sont susceptibles de permettre une défragmentation réelle et de générer des économies d'échelle. Elle devrait ensuite assurer le suivi de leur mise en œuvre en définissant des indicateurs de performance et des objectifs pertinents. De telles options pourraient comporter la promotion active de la fourniture de services intégrés ou transfrontaliers, en tenant compte également d'une éventuelle restructuration des services des PSNA.

Délai de mise en œuvre: pour 2020.

81

Un certain nombre de limitations nuisent au suivi exercé par les autorités nationales de surveillance (ANS) et par la Commission. Les ANS ne sont pas toujours pleinement indépendantes ni efficaces. Elles ne réalisent pas régulièrement des inspections concernant d'importants éléments des coûts facturés aux usagers: l'admissibilité, l'économie et la répartition appropriée des coûts. Ces aspects ne sont pas non plus vérifiés par la Commission lors de son évaluation des taux unitaires. De plus, la Commission n'a pas transmis suffisamment d'orientations sur la répartition des coûts entre les zones tarifaires de route et terminales, ce qui a donné lieu à un risque de financement croisé entre les services de navigation de route et terminaux (voir points 36 et 37).

Recommandation n° 3 – Garantir l'indépendance totale des ANS et les doter de capacités suffisantes

Les ANS devraient être pleinement indépendantes et avoir la capacité de remplir leurs fonctions. Pour ce faire, les États membres devraient s'assurer que les ANS soient indépendantes des PSNA sur les plans hiérarchique, financier et fonctionnel et qu'elles soient dotées des ressources nécessaires pour superviser et suivre les systèmes de performance et de tarification. Nous prenons acte que l'adoption rapide des dispositions applicables du paquet législatif CUE II+ serait bénéfique à cet égard.

Délai de mise en œuvre: pour 2019.

Recommandation n° 4 – Garantir que les inspections couvrent le système de tarification

La Commission et les ANS devraient réaliser régulièrement les inspections prévues dans la législation en vigueur, en couvrant notamment l'admissibilité des coûts facturés et leur répartition entre les zones tarifaires de route et terminales. La Commission devrait fournir des orientations supplémentaires sur la répartition des coûts afin de garantir un traitement comptable harmonisé.

Délai de mise en œuvre: pour 2019.

82

Le processus d'approbation des plans de performance est lent et complexe. La conclusion d'accords entre la Commission et les États membres s'est avérée difficile à obtenir, en particulier en ce qui concerne les objectifs de capacité et d'efficacité économique. Étant donné que la Commission ne peut imposer des objectifs de performance, ceux figurant dans les plans de performance ont tendance à traduire un niveau d'ambition moins élevé (voir points 34 et 35).

Recommandation n° 5 – Rationaliser le système de performance

La Commission devrait rationaliser le processus d'approbation des plans de performance. Pour ce faire, elle devrait encourager activement les dérogations au système pour les cas où les services sont offerts aux conditions du marché ou dans le cadre d'accords de niveau de service passés entre les prestataires et les usagers de l'espace aérien. Pour tous les autres cas, la Commission devrait disposer de pouvoirs d'exécution afin de définir directement des objectifs de performance contraignants fondés sur l'évaluation effectuée par l'organe d'évaluation des performances.

Délai de mise en œuvre: pour 2019.

83

Le cadre de performance sert à suivre les performances en matière de GTA sur la base d'indicateurs de performance clés, dont plusieurs comportent toutefois un certain nombre de lacunes qui limitent leur capacité à mesurer correctement ces performances dans divers domaines importants. En particulier, les indicateurs mesurant la capacité en ce qui concerne les retards n'enregistrent qu'une petite partie du trajet global porte à porte des passagers et ne mesurent pas l'efficacité en périodes creuses. Dans le domaine de l'environnement, l'efficacité des vols en route tient compte d'éléments qui échappent au contrôle des PSNA, mais sa dimension verticale n'est pas prise en considération (voir points 30 à 33).

Recommandation n° 6 – Revoir certains indicateurs de performance clés

Pour la prochaine période de programmation, la Commission devrait:

  1. en ce qui concerne la capacité, s'assurer que les IPC enregistrent le retard global porte à porte, tout en maintenant l'obligation appropriée de rendre compte faite aux PSNA. Les IPC devraient aussi permettre de mesurer non seulement la capacité à traiter les pics de demande, mais aussi indiquer si les ressources sont utilisées de façon efficace lors des périodes de pointe et des périodes creuses;
  2. en ce qui concerne l'environnement, modifier les IPC afin de mesurer la capacité de réaction du système de GTA aux trajectoires souhaitées par les usagers de l'espace aérien, dans leurs dimensions horizontale et verticale.

Délai de mise en œuvre: pour 2019.

84

Les phases de définition et de développement du projet SESAR ont encouragé les principales parties prenantes à s'engager dans un plan technologique commun, tandis que sa phase de développement a permis de coordonner un environnement de recherche et développement autrefois fragmenté. L'entreprise commune SESAR publie progressivement des documents relatifs aux améliorations technologiques et opérationnelles, sous la forme de paquets appelés «solutions SESAR».

85

Le rôle de l'UE dans le projet depuis son lancement initial a évolué pour ce qui est du champ d'application, du calendrier et de l'ampleur financière, puisque tous ces éléments ont été considérablement étendus ou prolongés: à l'origine, le projet consistait en une phase de développement qui devait être terminée pour 2013, avant un transfert vers les parties prenantes de l'industrie en vue du déploiement, mais il a été remplacé par une vision en matière de recherche et développement en constante évolution, sans limitation de durée, qui implique une aide de l'UE à long terme. Les actualisations de 2012 et de 2015 du plan directeur en ont considérablement modifié le contenu et la forme et ont entraîné plusieurs reports de la date de réalisation du concept cible: le délai pour la réalisation des ambitions du projet SESAR est à présent fixé à 2035, au lieu de 2020 comme envisagé au départ.

86

Il existe un décalage entre la durée de vie de l'entreprise commune SESAR, fixée par la réglementation, et la durée prévue des travaux de recherche et développement qu'elle est censée exécuter. Cela compromet l'obligation de rendre compte faite à l'entreprise commune SESAR en ce qui concerne l'exécution du plan directeur. L'absence d'informations appropriées transmises par l'entreprise commune SESAR sur le degré d'exécution de ce plan aggrave la situation.

87

À compter de 2016, seule une petite partie du plan directeur en cours a été exécutée, alors que la plupart des aides de l'UE initialement prévues pour la phase de développement avaient déjà été dépensées (700 millions d'euros). Il a dès lors fallu prolonger l'existence de l'entreprise commune SESAR jusqu'en 2024 et lui octroyer 585 millions d'euros de financement supplémentaire de la part de l'UE (voir points 50 à 72).

Recommandation n° 7 – Revoir la structure du soutien apporté par l'UE à la recherche et au développement en matière de GTA, à la lumière de ses objectifs

Conformément aux principes énoncés dans l'accord intitulé «Mieux légiférer», les décisions politiques devraient s'élaborer de manière ouverte et transparente, sur la base des meilleures informations disponibles et avec la participation de tous les acteurs concernés.

Si la Commission propose de continuer de financer les efforts de recherche et développement en matière de GTA après 2024, elle devrait donc:

  1. justifier de façon adéquate le soutien apporté par l'UE, en indiquant notamment la raison de la poursuite de cette aide, son but, les délais correspondants et le montant du concours public nécessaire pour optimiser l'utilisation des fonds;
  2. analyser si l'entreprise commune SESAR, à savoir une structure temporaire, est appropriée pour déployer ces efforts de recherche et développement à long terme et, dans la négative, effectuer les adaptations nécessaires.

Délai de mise en œuvre: pour 2020.

Recommandation n° 8 – Renforcer l'obligation de rendre compte faite à l'entreprise commune SESAR

La Commission devrait renforcer l'obligation de rendre compte faite à l'entreprise commune SESAR, en définissant des étapes claires et datées, assorties d'un budget, en vue de l'exécution du plan directeur. Elle devrait aussi exiger que l'entreprise commune SESAR communique régulièrement des informations sur l'état d'avancement vers la mise en œuvre intégrale de ce plan.

Délai de mise en œuvre: pour 2018.

88

Bien qu'ils aient été présentés dans chaque édition du plan directeur GTA à un niveau global, les différents projets de recherche et développement audités ont été lancés sans qu'une analyse coûts-avantages préalable n'ait démontré l'ampleur du problème à résoudre et la probabilité que les investissements engagés rapporteraient un avantage net. Dans le contexte des actualisations du plan directeur, des modifications ont été apportées au champ d'application de plusieurs projets, qui n'ont donné lieu qu'à une partie des réalisations prévues (voir point 72).

Recommandation n° 9 – Accorder prioritairement l'aide de l'UE à des solutions de recherche et développement qui encouragent la défragmentation et un environnement concurrentiel

La Commission devrait s'assurer que:

  1. les financements de l'UE ne soutiennent que des projets dont la valeur ajoutée pour le réseau est prouvée. Pour ce faire, elle pourrait, par exemple, mettre en œuvre un système qui évalue la valeur ajoutée des projets pour le réseau moyennant une analyse des besoins ou une analyse coûts-avantages pour les projets;
  2. dans le cadre de l'entreprise commune SESAR, les financements de l'UE soient accordés en priorité à des solutions de recherche et développement en matière de GTA qui encouragent la défragmentation, l'interopérabilité, le partage d'infrastructures et qui favorisent les conditions d'un environnement concurrentiel.

Délai de mise en œuvre: application aux nouveaux projets financés, à compter de 2018.

Le présent rapport a été adopté par la Chambre II, présidée par Mme Iliana IVANOVA, Membre de la Cour des comptes, à Luxembourg en sa réunion du 11 octobre 2017.

Par la Cour des comptes

Klaus-Heiner LEHNE
Président

Annexes

Annexe I

Chronologie du ciel unique européen

Annexe II

Synthèse de l'analyse effectuée sur un échantillon de projets et activités de recherche et développement mis en œuvre dans le cadre de l'entreprise commune SESAR

L'équipe d'audit a sélectionné un échantillon constitué de 11 projets de recherche et développement, de quatre activités de démonstration et d'une étude, tous mis en œuvre dans le cadre de l'entreprise commune SESAR. Pour chacun de ces éléments, les auditeurs ont réalisé un examen détaillé centré sur l'évaluation des besoins à l'origine de la décision de lancer chaque projet, sur l'obtention de réalisations, ainsi que sur leur utilisation dans un contexte opérationnel ou dans d'autres projets de recherche et développement.

Globalement, nous formulons les observations ci-après.

Une logique claire sous-tendait chaque projet, qui pouvait être relié au plan directeur européen de gestion du trafic aérien. Cependant, aucun des projets de recherche et développement échantillonnés n'avait été lancé sur la base d'une analyse coûts-avantages démontrant l'ampleur du problème à résoudre et la probabilité que les investissements rapporteraient un avantage net. Alors qu'une analyse coûts-avantages globale au niveau de l'entreprise commune SESAR avait été réalisée dans le cadre de la phase de définition, elle n'a pas permis d'aboutir à une conclusion sur le rapport coûts/avantages des différents projets.

Cinq des 11 projets de recherche et développement et trois des quatre activités de démonstration n'ont pas permis d'obtenir la gamme complète d'éléments livrables initialement convenue. Dans une certaine mesure, cela était dû à la réaffectation opérée par l'entreprise commune SESAR pour centrer son attention sur un nombre plus limité d'éléments livrables, mais aussi à la planification inappropriée de certaines activités de démonstration. Si les activités de démonstration échantillonnées ont généralement été terminées dans les délais, des retards de deux à 34 mois ont été constatés dans sept des 11 projets de recherche et développement échantillonnés.

Au moment de l'audit, seul un nombre restreint de réalisations avaient été intégrées à des solutions déployées dans des environnements vraiment opérationnels. En ce qui concerne les 11 projets de recherche et développement: les réalisations obtenues ont partiellement fait l'objet d'une utilisation vraiment opérationnelle dans quatre cas; des recherches supplémentaires seront nécessaires pour obtenir de réels avantages dans cinq cas; une solution a été invalidée à la fin de l'activité de recherche parce qu'elle n'avait pas apporté les avantages attendus; et un projet a permis d'obtenir les réalisations prévues qui ont été utilisées dans le contexte des actualisations du plan directeur. Dans les cas où les réalisations ont été déployées, aucune mesure systématique des avantages qu'elles apportaient aux opérations n'a été effectuée. Aucune des quatre activités censées démontrer des fonctionnalités spécifiques aux PSNA et aux usagers de l'espace aérien n'a été déployée.

Annexe III

Systèmes de performance et de tarification

Le système de performance vise à améliorer les performances des services de navigation aérienne moyennant la fixation d'objectifs contraignants applicables aux PSNA. Le système de tarification vise à améliorer la transparence et l'efficacité économique par l'établissement de règles relatives au calcul des redevances de navigation.

Les deux systèmes sont en grande partie fondés sur des travaux et processus mis en œuvre précédemment par Eurocontrol. En ce qui concerne la mesure des performances, les indicateurs déjà utilisés par Eurocontrol60 ont ensuite été adoptés par l'UE pour son système de performance en 2009. La figure ci-après énumère les domaines de performance clés et les indicateurs de performance clés (IPC) correspondants utilisés pendant les deux périodes de référence auxquelles le système a été appliqué jusqu'à présent.

Indicateurs de performance clés (IPC) pour chaque période de référence

1 Efficacité de la gestion de la sécurité, application du mécanisme de classification par degré de gravité et application d'une culture juste.

De même, l'origine du système de tarification du CUE remonte à l'accord multilatéral relatif à la perception des redevances de route passé par Eurocontrol et signé en 1970. En 2009, le deuxième paquet législatif sur le CUE a introduit une modification fondamentale du système de tarification, à savoir le remplacement du recouvrement intégral des coûts par un système fondé sur des coûts fixés ex ante. Au lieu du recouvrement de l'ensemble des coûts supportés lors de la fourniture de services de navigation aérienne, le système définit à l'avance les coûts maximaux à recouvrer chaque année d'une période de référence donnée en fonction du trafic prévu. La modification vise essentiellement à assurer l'efficacité économique: étant donné que les coûts des services de navigation aérienne ont été plafonnés au préalable, les PSNA seront récompensés s'ils maintiennent leurs coûts réels en deçà de ce plafond puisqu'ils pourront conserver la marge ainsi dégagée; en revanche, les PSNA ne seront plus autorisés à facturer aux usagers de l'espace aérien un montant supérieur aux coûts fixés ex ante, si bien que tout coût excédentaire sera à leur charge. Cet élément du système est connu sous le nom de «mécanisme de partage des coûts».

Il existe un lien ténu entre les systèmes de performance et de tarification: en effet, les taux unitaires fixés dans le cadre du système de tarification doivent être dans la lignée des objectifs d'efficacité économique établis dans les plans de performance applicables à chaque zone tarifaire.

Lien entre objectifs de performance en matière d'efficacité économique et calcul des taux unitaires

Le calcul des taux unitaires est effectué de la façon décrite ci-après.

  1. Le point de départ est l'assiette des coûts fixés utilisée pour établir les objectifs en matière de coûts unitaires définis pour chaque zone tarifaire dans les plans de performance. Les objectifs en matière de coûts unitaires fixés au niveau local doivent être compatibles avec les objectifs d'efficacité économique à l'échelle de l'UE. Cette compatibilité est évaluée par la Commission, avec l'aide de l'organe d'évaluation des performances.
  2. L'assiette des coûts fixés d'une zone tarifaire consiste en la somme algébrique des coûts admissibles estimés des différentes entités qui fournissent des services de navigation aérienne. L'admissibilité des coûts est définie dans la législation. La grande majorité d'entre eux est constituée de ceux des PSNA nationaux, mais peut aussi inclure ceux d'autres entités, généralement d'autres PSNA plus petits le cas échéant, des prestataires de services météorologiques, des ANS (coûts de contrôle) ainsi que des contributions nationales à Eurocontrol. En ce qui concerne la nature des coûts, les frais de personnel sont la composante essentielle (environ 60 % au niveau de la zone du CUE), suivis des autres coûts d'exploitation, des coûts de l'amortissement et du coût du capital (rendement des fonds propres).
  3. Certains ajustements, à la hausse ou à la baisse, peuvent être apportés aux coûts fixés en fonction des éléments ci-après.
    • Inflation. La différence entre l'inflation réelle et l'inflation prévue.
    • Partage du risque lié au trafic. Il s'agit d'un système de compensation des PSNA et des usagers de l'espace aérien si l'intensité du trafic s'écarte des prévisions. Dans les limites de certaines fourchettes de trafic et de certains plafonds de compensation définis dans la législation, les PSNA doivent rembourser les usagers de l'espace aérien si le trafic réel connaît une augmentation supérieure aux prévisions. En revanche, les PSNA sont autorisés à facturer des montants supplémentaires si l'intensité du trafic est inférieure aux prévisions.
    • Mesures d'incitation. Il s'agit du bonus ou du malus d'ordre pécuniaire appliqué aux PSNA pour les résultats obtenus dans les domaines de performance que sont la capacité et l'environnement en fonction des objectifs définis dans les plans de performance. Les bonus et les malus donnent lieu, respectivement, à des augmentations ou à des réductions des redevances imposées par les PSNA aux usagers de l'espace aérien.
    • Coûts exemptés du partage des coûts. Certains coûts supportés par les PSNA sont exemptés du «mécanisme de partage des coûts» décrit précédemment, car ils sont considérés comme échappant au contrôle des PSNA. Il s'agit, entre autres, de modifications imprévues de la législation nationale sur les retraites, des charges de retraite, du droit fiscal national et des coûts ou des revenus découlant d'accords internationaux; de modifications significatives des taux d'intérêt appliqués aux crédits; ainsi que d'éléments de coût imprévus et nouveaux qui ne figurent pas dans le plan de performance. Ces coûts exemptés donnent lieu à un ajustement afin de s'assurer de leur recouvrement intégral.
    • Coûts de restructuration. La législation autorise le recouvrement des coûts de restructuration des PSNA sous réserve d'un dossier d'analyse démontrant un bénéfice net pour les usagers de l'espace aérien et de l'approbation de la Commission. Au cours des première et deuxième périodes de référence, aucun PSNA n'a facturé des coûts de restructuration.
    • Reports des périodes de référence précédentes. Il s'agit des coûts non recouvrés supportés par les PSNA dans le cadre du système précédent de recouvrement intégral des coûts et dont le recouvrement au cours des périodes de référence suivantes a été autorisé.
    • Autres revenus. Il convient de déduire les revenus perçus par le PSNA qui s'ajoutent aux redevances de navigation liées à la fourniture réglementée de services de navigation aérienne. Il s'agit, entre autres, de financements publics nationaux, de soutiens apportés par des programmes d'assistance de l'UE, de revenus provenant d'activités commerciales et d'autres sources.
  • Enfin, l'assiette de coût net ainsi calculée est divisée par les prévisions de trafic (exprimées en unités de services) afin d'obtenir le taux unitaire de chaque année imputable aux usagers de l'espace aérien pour la fourniture de services de navigation aérienne dans la zone tarifaire correspondante. Les prévisions de trafic sont celles incluses dans les plans de performance.

Depuis l'année de référence 2014, les taux annuels par zone tarifaire sont publiés dans une décision de la Commission, s'ils sont considérés comme compatibles avec les règlements relatifs aux systèmes de performance et de tarification.

Pour conclure, les informations sur l'évolution réelle des coûts transmises régulièrement dans le contexte du système de tarification sont utilisées pour effectuer un suivi du domaine de l'efficacité économique des plans de performance et constituent l'un des éléments alimentant la discussion et la définition des objectifs d'efficacité économique de la période de référence suivante.

Annexe IV

Mise en œuvre du système de performance

Le processus d'adoption des objectifs d'efficacité économique à l'échelle de l'UE pour la deuxième période de référence

  • En septembre 2013, l'organe d'évaluation des performances avait d'abord proposé une réduction moyenne des coûts unitaires en route de 4,6 % par an.
  • La Commission a décidé de proposer un objectif plus ambitieux de 4,9 % au sein du comité du ciel unique. Les États membres ont marqué leur désaccord en indiquant que de nouvelles réductions des coûts supérieures à celles convenues pendant la première période de référence seraient difficiles à obtenir et auraient une incidence sur la capacité.
  • Compte tenu de l'absence de soutien de la part du comité du ciel unique, la Commission a proposé deux nouvelles solutions: une réduction de 4,6 % des coûts unitaires en route sur la base d'une prévision de croissance annuelle du trafic de 2,6 % ou une réduction de 3,3 % des coûts unitaires en route sur la base d'une prévision de croissance annuelle du trafic de 1,2 %.
  • Bien que la Commission ait indiqué que la solution aboutissant à une réduction plus grande des coûts unitaires offrait un meilleur équilibre entre les intérêts des usagers de l'espace aérien et ceux des PSNA, elle a été contrainte d'accepter la seconde solution, moins ambitieuse, en raison de l'absence de majorité qualifiée pour soutenir la première.
  • La Commission a officiellement adopté les objectifs à l'échelle de l'UE par sa décision du 11 mars 2014, avec un retard de deux mois par rapport au délai prévu dans la législation (douze mois avant le début de la période de référence).

Plan de performance relatif au bloc d'espace aérien fonctionnel «Europe centrale» (FABEC) et processus d'adoption des objectifs

Réponses de la Commission

Synthèse

I

La gestion du trafic aérien (GTA ou ATM, Air Traffic Management) correspond à la gestion intégrée et dynamique du trafic aérien et de l’espace aérien, notamment les services de la circulation aérienne, la gestion de l’espace aérien et la gestion des courants de trafic aérien (définition 10 du règlement (CE) nº 549/2004). En outre, des informations aéronautiques sont fournies aux usagers en tant que service de navigation aérienne en soutien des services de la circulation aérienne, de la gestion des courants de trafic aérien et de la gestion de l’espace aérien.

VII

La Commission et l’organe d’évaluation des performances surveillent de manière régulière les performances des services de navigation aérienne. Pour les États membres qui n’ont pas atteint les objectifs de capacité au cours des deux dernières années, la Commission envisage de contraindre ces derniers à proposer des mesures correctives conformément à la législation en vigueur. Ces mesures devraient viser à rectifier la situation et à améliorer la capacité dans les années à venir.

La Commission considère que les objectifs d’efficacité économique sont définis sur des coûts unitaires fixés. Même si elle reconnaît que l’efficacité économique devrait encore s'améliorer et que des objectifs plus ambitieux auraient pu être fixés, ceux qui ont été fixés ont bel et bien été atteints, et ce indépendamment du fait que la législation actuelle autorise certains ajustements en sus des objectifs (y compris le recouvrement des coûts datant d’avant la mise en place du système de performance) et que par conséquent, les taux unitaires n’ont pas baissé au même rythme que les objectifs d’efficacité économique du système de performance.

VIII

La Commission estime que les résultats des systèmes de performance et de tarification devraient également être évalués par rapport à la période où ces systèmes n’étaient pas en vigueur. Les tendances indiquées à la figure 1 montrent qu’à partir de 2011, le niveau des retards et les coûts sont restés stables. Avant cette période, le processus de surveillance des performances était peu structuré et ne garantissait pas la maîtrise des retards et des coûts en deçà de niveaux acceptables.

IX

La Commission est consciente du manque de ressources adéquates dans certaines ANS. Sa proposition relative au CUE II+ visait à compenser cette lacune en renforçant notamment l’indépendance des ANS.

X

La Commission considère que la lenteur et la complexité du processus d’adoption des objectifs s’expliquent principalement par la procédure d’examen prévue par la comitologie, conformément à la loi fondamentale, pour l’adoption desdits objectifs. Elle a suggéré des alternatives dans sa proposition de refonte de la législation CUE (CUE II+). L’expérience a montré que la Commission ou tout autre régulateur des services de navigation aérienne avait besoin de davantage d’autonomie pour décider des objectifs et que des États membres n’avaient pas tous les éléments pour être impliqués dans des décisions qui concernent directement d’autres États membres.

XI

La Commission estime que le projet SESAR et l’entreprise commune SESAR sont pleinement alignés sur les cadres réglementaires en vigueur, qui ont effectivement évolué au fil du temps.

Elle considère également que l’entreprise commune SESAR a une vision plus stable du futur système de GTA qui a été élaboré dans le cadre de son partenariat public-privé et officiellement adopté dans le plan directeur GTA européen et le programme de travail de l’entreprise commune. Le plan directeur, la vision et les travaux de l’entreprise commune SESAR ont évolué depuis 2007 pour s’adapter à l’évolution du secteur de l’aviation et aux résultats de la phase de développement. Le cadre réglementaire a également évolué en conséquence.

La Commission estime que l’obligation de rendre compte faite à l’entreprise commune SESAR n’est pas nécessairement concernée par l’évolution susmentionnée, qui aurait même pu être renforcée.

La Commission comprend que la CCE réalisera un audit distinct sur la phase de déploiement du projet SESAR et s’en félicite. L’évaluation de la contribution du projet SESAR aux performances de la GTA européenne devrait tenir compte des résultats de toutes les phases du projet, du moins sur le plan opérationnel. Les gains de performance réels ne peuvent être mesurés qu’après le déploiement des solutions SESAR et leur mise en application dans tout le réseau européen de gestion du trafic aérien.

XII

Voir les réponses de la Commission aux recommandations 1 à 9.

Introduction

02

La gestion du trafic aérien (GTA ou ATM, Air Traffic Management) correspond à la gestion intégrée et dynamique du trafic aérien et de l’espace aérien, y compris les services de la circulation aérienne, la gestion de l’espace aérien et la gestion des courants de trafic aérien (définition 10 du règlement (CE) nº 549/2004). En outre, des informations aéronautiques sont fournies aux usagers en tant que service de navigation aérienne en soutien des services de la circulation aérienne, de la gestion des courants de trafic aérien et de la gestion de l’espace aérien.

Observations

19

Des objectifs de haut niveau ont été élaborés en 2005. À cette époque, selon les estimations, le trafic aérien devait augmenter de 3 à 4 % par an.

21

La Commission estime que les objectifs de haut niveau étaient ambitieux et ont donné des orientations de politique pour promouvoir la nécessité d’agir. Ils ont été exprimés de manière qualitative et s’ils n’étaient mesurés par rapport à aucune année de référence en particulier, ils ont été associés à la date butoir de 2025. À l’inverse, les objectifs de performance définis dans le cadre du système de performance sont fondés sur des indicateurs de performance précis et fixés à la suite d’une analyse en profondeur des hypothèses et de la logique sous-jacentes.

26
  1. La Commission et l’organe d’évaluation des performances surveillent de manière régulière les performances des services de navigation aérienne. Pour les États membres qui n’ont pas atteint les objectifs de capacité au cours des deux dernières années, la Commission envisage de contraindre ces derniers à proposer des mesures correctives conformément à la législation en vigueur. Ces mesures devraient viser à rectifier la situation et à améliorer la capacité dans les années à venir.
  2. La Commission considère que les objectifs d’efficacité économique sont définis sur des coûts unitaires fixés. Même si elle reconnaît que l’efficacité économique devrait encore s'améliorer et que des objectifs plus ambitieux auraient pu être fixés, ceux qui ont été fixés ont bel et bien été atteints, et ce indépendamment du fait que la législation actuelle autorise certains ajustements en sus des objectifs (y compris le recouvrement des coûts datant d’avant la mise en place du système de performance) et que par conséquent, les taux unitaires n’ont pas baissé au même rythme que les objectifs d’efficacité économique du système de performance.
  3. La Commission renvoie aux observations de la Cour exprimées au paragraphe 31 et à sa réponse au même paragraphe.
28

La Commission considère que le système de performance est le pilier de la méthode de surveillance des performances de l’initiative «Ciel unique européen».

29

La Commission estime que les objectifs de haut niveau étaient ambitieux et ont donné des orientations de politique pour promouvoir la nécessité d’agir. Ils ont été exprimés de manière qualitative et s’ils n’étaient mesurés par rapport à aucune année de référence en particulier, ils ont été associés à la date butoir de 2025. À l’inverse, les objectifs de performance définis dans le cadre du système de performance sont fondés sur des indicateurs de performance précis et fixés à la suite d’une analyse en profondeur des hypothèses et de la logique sous-jacentes.

30

La Commission considère que la mise en place du système de performance et de ses indicateurs a constitué une avancée majeure dans la méthode de surveillance des performances par rapport à l’ancien système de surveillance. Des indicateurs ont été établis en fonction des données disponibles et de l’obligation de rendre compte faite aux parties prenantes.

31

La Commission estime que l’efficacité verticale dépend également de facteurs qui sont en dehors du contrôle des PSNA (horaires de vol, capacité aéroportuaire, nuisances sonores et contraintes posées par le terrain).

32

La Commission considère que le fait de définir des objectifs en fonction d’indicateurs nécessite de disposer de suffisamment de données historiques, ce qui n’était pas le cas pour certains indicateurs dans la région terminale quand les objectifs ont été fixés pour la deuxième période de référence. La possibilité de fusionner des indicateurs portant sur différentes phases de vol (retard porte à porte) dépend des mesures utilisées et de la nécessité d’attribuer clairement la responsabilité de ces délais aux diverses unités de contrôle de la circulation aérienne.

33

La Commission souhaite préciser que même s’il n’existe, à l’heure actuelle, aucun indicateur spécifique pour mesurer la capacité, cet aspect est surveillé en permanence dans le cadre de la performance des fonctions du réseau.

35

La Commission considère que la lenteur et la complexité du processus d’adoption des objectifs s’expliquent principalement par la procédure d’examen prévue par la comitologie, conformément à la loi fondamentale, pour l’adoption desdits objectifs. Elle a suggéré des alternatives dans sa proposition de refonte de la législation CUE (CUE II+). L’expérience a montré que la Commission ou tout autre régulateur des services de navigation aérienne avait besoin de davantage d’autonomie pour décider des objectifs et que des États membres n’avaient pas tous les éléments pour être impliqués dans des décisions qui concernent directement d’autres États membres.

37
  1. La Commission est consciente du manque de ressources adéquates dans certaines ANS. Sa proposition relative au CUE II+ visait à compenser cette lacune en renforçant notamment l’indépendance des ANS.
  2. La vérification de l’éligibilité des coûts relève essentiellement des ANS en tant qu’entités responsables de l’élaboration des plans de performance, de la surveillance des performances et du suivi des plans et objectifs de performance.
  3. La Commission a commandé une étude concernant la ventilation des coûts entre les zones de route/terminales en 2015. Les résultats de cette étude sont désormais pris en compte dans la révision des règlements relatifs à la performance et à la tarification en amont de la troisième période de référence. Toute modification potentielle des procédures comptables pourrait nécessiter d’être également évaluée à la lumière de la charge administrative que ces modifications pourraient entraîner.
  4. La Commission est consciente de ce problème et cherche des solutions dans le cadre de la révision en cours des règlements relatifs à la performance et à la tarification.
38

La Commission souligne que le cadre réglementaire en vigueur définit des critères contraignants à remplir pour créer des BEAF. Lors de l’adoption de ce cadre réglementaire, ces critères ont été considérés comme suffisants pour permettre le processus de défragmentation de l’espace aérien européen. La Commission a donc lancé des procédures d’infraction à l’encontre des États membres.

47

La Commission souhaite préciser que cette activité de comparaison entre les États-Unis et l’Union européenne est réalisée dans le cadre du protocole de coopération entre les États-Unis et l’Union européenne avec le soutien d’Eurocontrol. Toutefois, cette comparaison ne tient pas compte des complexités et spécificités des deux systèmes étant donné qu’elle est fondée sur de simples indicateurs. Par conséquent, l’analyse des niveaux de productivité devrait également reposer sur des analyses en profondeur au niveau des unités opérationnelles (centres de contrôle de la circulation aérienne) afin de corroborer l’existence d’économies d’échelle.

48

La Commission souligne que cette analyse au niveau des centres de contrôle de la circulation aérienne n’est pas pleinement mise en œuvre et qu’il pourrait être prématuré de tirer des conclusions sur l’existence d’économies d’échelle. Il est avéré qu’en Europe, les centres de contrôle de la circulation aérienne de plus petite taille sont parfois moins coûteux que les centres plus grands.

59
  1. La Commission reconnaît que le règlement fondateur de l’entreprise commune SESAR a indiqué une date de cessation de l’entreprise commune antérieure à la durée estimée des activités de recherche et développement du plan directeur GTA. Toutefois, la Commission ne considère pas qu’il s’agit nécessairement d’une contradiction.
  2. La Commission estime que le rôle joué par l’entreprise commune SESAR dans la mission d’actualiser le plan directeur GTA européen est conforme au cadre réglementaire.
60

La Commission renvoie à sa réponse au paragraphe 59, point b). La Commission reconnaît que le cadre actuel peut être amélioré pour assurer la continuité des travaux de l’entreprise commune SESAR dans le cadre d’une transition plus harmonieuse d’un cadre financier à l’autre. Toutefois, elle considère que le cadre ne fait pas peser de risque sur l’efficacité du projet ou sur l’obligation de rendre compte faite à l’entreprise commune SESAR, qui sont des éléments liés aux programmes de travail de l’entreprise commune couvrant la durée réglementaire de cette dernière établie dans le règlement (UE) nº 721/2014. Le projet SESAR a lancé et relié ses trois phases comme prévu et déploie des solutions SESAR depuis 2014.

62

La Commission estime que le processus d’approbation des actualisations du plan directeur GTA européen a suffisamment impliqué les usagers de l’espace aérien. Les usagers de l’espace aérien, conformément au règlement, sont représentés au conseil d’administration de l’entreprise commune SESAR avec 10 % des droits de vote, ce qui représente la plus grande part des votes après les deux membres fondateurs (l’UE et Eurocontrol).

63

La Commission considère que les activités de recherche et développement sont destinées à prouver et à valider des concepts opérationnels et les technologies correspondantes dont la faisabilité n’est pas connue à l’avance. Par conséquent, la modification de leur champ d’application est une manière naturelle et efficace d’utiliser au mieux leurs résultats et les fonds alloués aux projets.

64

La Commission renvoie à sa réponse au paragraphe 63. Elle ajoute que les retours d’information des activités de déploiement ont été l’occasion d’examiner les activités de développement.

Réponse commune aux paragraphes 68, 69 et 72 points a) et c):

La Commission renvoie à ses réponses aux commentaires de la Cour aux paragraphes XI et 59.

72
  1. La Commission considère que les activités de recherche et développement sont destinées à prouver et à valider des concepts opérationnels et les technologies correspondantes dont la faisabilité n’est pas connue à l’avance. Par conséquent, la modification de leur champ d’application est une manière naturelle et efficace d’utiliser au mieux leurs résultats.

Conclusions et Recommandations

73

La gestion du trafic aérien (GTA ou ATM, Air Traffic Management) correspond à la gestion intégrée et dynamique du trafic aérien et de l’espace aérien, notamment les services de la circulation aérienne, la gestion de l’espace aérien et la gestion des courants de trafic aérien (définition 10 du règlement (CE) nº 549/2004). En outre, des informations aéronautiques sont fournies aux usagers en tant que service de navigation aérienne en soutien des services de la circulation aérienne, de la gestion des courants de trafic aérien et de la gestion de l’espace aérien.

77

La Commission souligne que le concept original du ciel unique européen était sa création «par une intégration progressivement accrue de la gestion de l’espace aérien, et l’élaboration de concepts et procédures nouveaux en matière de gestion du trafic aérien» (considérant 3 du règlement (CE) nº 551/2004). Ce concept ne s’est jamais traduit par une vision opérationnelle d'une architecture plus optimale de l’espace aérien en termes de nombre de centres de contrôle de la circulation aérienne. Même l’initiative des BEAF n’a pas donné de résultats tangibles dans ce domaine.

78

La Commission estime que les objectifs de haut niveau étaient ambitieux et ont donné des orientations de politique pour promouvoir la nécessité d’agir. Ils ont été exprimés de manière qualitative et s’ils n’étaient mesurés par rapport à aucune année de référence en particulier, ils ont été associés à la date butoir de 2025. À l’inverse, les objectifs de performance définis dans le cadre du système de performance sont fondés sur des indicateurs de performance précis et fixés à la suite d’une analyse en profondeur des hypothèses et de la logique sous-jacentes.

Recommandation nº 1 – Revoir les objectifs de haut niveau

La Commission accepte cette recommandation comme indiqué ci-dessous.

La Commission souhaite néanmoins souligner que, comme l'a montré l’expérience, le fait de définir des objectifs de haut niveau du CUE à atteindre sur le long terme posait le risque que ces derniers perdent leur raison d’être à un stade ultérieur même s’ils sont fondés sur une analyse en profondeur. Il est nécessaire que la communauté de la GTA s’approprie pleinement ces objectifs pour les rendre réalisables. L’une des raisons pour laquelle l’initiative CUE n’a pas encore donné lieu à la création d’un véritable ciel unique vient du manque de vision/concept commun(e) concernant le système cible de GTA à la suite de son processus de modernisation, non seulement sur le plan technologique, mais également en termes d’organisation et de configuration opérationnelle.

La Commission reconnaît qu’il est utile de consacrer des efforts à la définition de cette vision/ce concept, qui pourrait au final se traduire par des mesures concrètes pour en faire une réalité.

80

La Commission estime que les résultats des systèmes de performance et de tarification devraient également être évalués par rapport à la période où ces systèmes n’étaient pas en vigueur. Les tendances indiquées à la figure 1 montrent qu’à partir de 2011, le niveau des retards et les coûts sont restés stables. Avant cette période, le processus de surveillance des performances était peu structuré et ne garantissait pas la maîtrise des retards et des coûts en deçà de niveaux acceptables.

Recommandation nº 2 – Analyser d’autres options pour s’attaquer à la fragmentation

La Commission accepte cette recommandation et la mettra en œuvre de la manière suivante.

La Commission a déjà tenté à plusieurs reprises de promouvoir la fourniture des services de navigation aérienne de manière plus intégrée par-delà les frontières. Au-delà de l’échec de l’initiative des BEAF, la Commission a proposé en 2013 une révision du cadre juridique du CUE (CUE II+), y compris le découplage des services dits d’infrastructure.

L’objectif de cette proposition était de favoriser une approche plus concurrentielle de la fourniture de ces services ou leur fourniture en tant que services de soutien communs. Malheureusement, la proposition CUE II+ est encore bloquée dans les négociations au niveau interinstitutionnel. Dans le cadre du système de performance, la Commission a proposé et adopté en 2013 une disposition visant à autoriser le recouvrement des coûts de restructuration éligibles sous réserve d’un dossier d’analyse démontrant un bénéfice net pour les usagers de l’espace aérien au fil du temps.

Cependant, les États membres n’ont pas encore fait usage de cette disposition. La modernisation de l’infrastructure de GTA fondée sur les concepts de numérisation complète et de partenariats industriels offre des possibilités concrètes de fournir des services de manière intégrée ou transfrontalière. La Commission examine à l’heure actuelle cette possibilité parallèlement à la nécessité de consolider et de rationaliser l’infrastructure de GTA dans le cadre du projet SESAR, à la nécessité d’une nouvelle architecture de l’espace aérien et à la révision du système de performance.

Recommandation nº 3 – Garantir l’indépendance totale des ANS et les doter de capacités suffisantes

La Commission accepte cette recommandation.

La question de l’indépendance totale et de la capacité des ANS pour remplir leurs fonctions a été déjà soulevée par la Commission dans sa communication relative au CUE II+ (COM (2013) 408 final, p. 6-7). Il convient d’opérer une distinction adéquate entre les ANS et les PSNA afin de garantir le fonctionnement autonome et efficace des ANS.

La Commission souligne que l’adoption du paquet CUE II+ dépend également de l’action rapide des colégislateurs.

La date butoir pour cette recommandation ne pourra être respectée que si le paquet législatif CUE II+ sort de l’impasse dans laquelle il se trouve actuellement.

Recommandation nº 4 – Garantir que les inspections couvrent le système de tarification

La Commission accepte cette recommandation et la mettra en œuvre de la manière suivante.

La vérification de l’éligibilité des coûts relève essentiellement des ANS en tant qu’entités responsables de l’élaboration des plans de performance, de la surveillance des performances et du suivi des plans et objectifs de performance.

L’intervention de la Commission pourrait par exemple être axée sur les cas où les États membres ont demandé la révision de leurs plans de performance. Parallèlement, la Commission examinera les exigences d’éligibilité dans le cadre de la révision en cours des règlements relatifs à la performance et à la tarification en amont de la troisième période de référence.

Recommandation nº 5 – Rationaliser le système de performance

Dans la mesure relevant de sa compétence, la Commission accepte cette recommandation.

La Commission souligne que les règles actuelles autorisent déjà les dérogations au système pour les cas où des services terminaux, des services de communication, de navigation et de surveillance, des services d’information aéronautique ou des services météorologiques sont fournis selon les conditions du marché. À ce jour, dans quelques cas seulement, les États membres ont décidé que les services terminaux devaient être fournis selon les conditions du marché. S’agissant des compétences de la Commission pour définir des objectifs contraignants, elles ne peuvent qu’être renforcées à la suite de la révision des règlements CUE (CUE II+). Elles dépendent donc des mesures prises par le Conseil et le PE (y compris pour la date butoir).

83

La Commission examinera les observations de la Cour dans le cadre de la révision en cours des règlements relatifs à la tarification et à la performance en amont de la troisième période de référence.

Recommandation nº 6 – Revoir certains indicateurs de performance clés

La Commission accepte cette recommandation et la mettra en œuvre de la manière suivante.

S’agissant des indicateurs spécifiques du système de performance, ces indicateurs sont en cours de révision en amont de la prochaine période de référence (la troisième) et la Commission examinera les observations de la Cour dans le cadre de ce processus de révision. Toutefois, la faisabilité d’indicateurs révisés ou de nouveaux indicateurs dépend fortement de la disponibilité de données pertinentes et exactes.

Réponse commune de la Commission aux paragraphes 85 et 86

La Commission renvoie à ses réponses aux paragraphes XI et 59.

Recommandation nº 7 – Revoir la structure du soutien apporté par l’UE à la lumière de ses objectifs

La Commission accepte cette recommandation.

La Commission reconnaît qu’il est nécessaire de créer des structures stables afin de garantir la continuité dans le cadre du cycle d’innovation SESAR et de les doter des instruments financiers et juridiques adéquats qui soutiennent également la coopération avec des partenariats industriels. L’une des grandes forces du projet SESAR est sa vocation à impliquer les parties prenantes dans tous ses processus. À cet égard, le projet SESAR est une initiative pionnière de l’Union qui reçoit le soutien croissant des parties prenantes, notamment dans le cadre de l’entreprise commune SESAR et de la phase de déploiement de SESAR.

Cependant, la Commission considère que les résultats de la phase de développement, la maturité du partenariat et la meilleure connaissance des futurs défis du transport aérien ont permis d’activer un cycle d’innovation de GTA reliant les trois phases du projet SESAR et ses partenaires et contribuant aux objectifs de performance plus généraux du ciel unique européen. Il s’agit du résultat des travaux essentiellement menés par l’entreprise commune SESAR. Aujourd’hui, le cycle d’innovation et ses mécanismes et organes d’exécution sous-jacents permettent de mieux donner la priorité aux solutions qui encouragent la défragmentation, les meilleures performances de la GTA et la compétitivité de l’industrie européenne.

La Commission vise à promouvoir un cadre capable de soutenir et d’orienter ces partenariats pour atteindre les objectifs de politique de l’Union. Dans le contexte du prochain cadre financier pluriannuel, elle examine les options potentielles sur la manière de relier plus efficacement le cycle d’innovation complet de SESAR aux mécanismes du ciel unique européen et d’intégrer l’approche fondée sur le cycle de vie à sa politique relative au transport aérien.

Recommandation nº 8 – Renforcer l’obligation de rendre compte faite à l’entreprise commune SESAR

La Commission accepte cette recommandation.

La Commission continuera de collaborer avec l’entreprise commune SESAR pour renforcer son obligation de rendre compte, qui dépend largement de l’engagement de ses membres envers une vision commune et un cadre efficace pour y parvenir.

À la lumière des résultats des phases de développement et de déploiement de SESAR, la vision SESAR (SESAR 2020), définie dans la dernière édition du plan directeur GTA, est désormais plus stable et permet de mieux ajuster les priorités, les investissements et de mieux cibler les financements de l’UE. Tous les membres de l’entreprise commune SESAR soutiennent cette vision. Il est essentiel que cette dernière se traduise par des programmes de travail annuels et pluriannuels contraignants, qui définissent les objectifs et les étapes essentielles des travaux de l’entreprise commune SESAR.

Recommandation nº 9 – Accorder prioritairement l’aide de l’UE à des solutions de recherche et développement qui encouragent la défragmentation et un environnement concurrentiel

La Commission accepte cette recommandation.

La Commission reconnaît qu’il convient de donner davantage la priorité à des solutions de recherche et développement qui encouragent la défragmentation, l’interopérabilité, le partage des infrastructures et créent les conditions propices à un environnement concurrentiel. Les procédures actuelles d’attribution des financements de l’UE prévoient déjà d’évaluer la pertinence des projets dans le cadre du cycle d’innovation SESAR et l’impact des financements de l’UE dans les critères d’attribution. La Commission garantit que ces critères sont examinés avec soin dans les appels à propositions.

L’approche réseaucentrique est déjà intégrée au cycle d’innovation SESAR. Plus particulièrement, les fonctionnalités GTA essentielles identifiées dans le plan directeur GTA qui ont démontré leur contribution à la performance du réseau et nécessitent un déploiement synchronisé sont intégrées au cadre de déploiement à travers des projets communs (règlement (UE) nº 409/2013) et déployées sous la supervision du gestionnaire du déploiement de SESAR. Les financements de l’UE consacrés au déploiement de SESAR sont axés sur des projets communs, qui sont considérés comme prioritaires dans le programme pluriannuel du MIE et les appels à propositions correspondants.

Comme indiqué dans sa réponse à la recommandation nº 7, la Commission s’efforcera d’établir des liens plus solides avec d’autres mécanismes du ciel unique européen, de créer des structures stables dans le cadre du cycle d’innovation SESAR et de les doter des instruments financiers et juridiques adéquats qui mettent l’accent sur la valeur ajoutée pour la performance du réseau.

Glossaire

Agence européenne de la sécurité aérienne – Agence de l'UE dont l'objectif principal est d'établir un niveau uniforme élevé de sécurité et de protection de l'environnement dans l'aviation civile en Europe, ainsi que d'en contrôler la mise en œuvre.

Autorités nationales de surveillance (ANS) – Organismes désignés pour assumer les tâches de supervision et de suivi qui leur sont assignées dans le cadre de la législation sur le ciel unique européen.

Bloc d'espace aérien fonctionnel – Bloc d'espace aérien fondé sur des besoins opérationnels et défini indépendamment des frontières nationales, où la fourniture des services de navigation aérienne et des fonctions connexes est fondée sur la performance et optimisée en vue de la mise en place d'une coopération renforcée entre les prestataires de services de navigation aérienne (PSNA) ou, le cas échéant, d'un fournisseur intégré.

Centre de contrôle régional (CCR) – Organisme chargé d'assurer le service du contrôle de la circulation aérienne pour les vols contrôlés dans les régions de contrôle relevant de son autorité.

Comité du ciel unique – Comité composé de représentants des États membres, créé pour assister la Commission européenne dans la mise en œuvre de l'initiative «Ciel unique européen», ainsi que pour émettre des avis sur les décisions et règlements d'exécution correspondants.

Contrôle de la circulation aérienne – Service assuré dans le but de permettre une séparation sûre entre les aéronefs et de régulariser la circulation aérienne.

Contrôleur de la circulation aérienne – Personne autorisée à assurer des services de contrôle de la circulation aérienne.

Coût unitaire fixé – Résultat obtenu en divisant les coûts fixés ex ante relatifs aux services, installations et activités admissibles, à supporter pour la fourniture de services de navigation aérienne, par les prévisions de trafic pour la même période, exprimées en unité de service. Il est calculé pour chaque zone tarifaire de route ou terminale et est inclus dans les plans de performance.

Efficacité horizontale des vols en route – Indicateur de performance clé concernant l'environnement et consistant en une comparaison entre la longueur de la partie en route de la trajectoire (prévue ou réelle) et la partie correspondante de la distance orthodromique, à savoir le trajet le plus court. L'hypothèse sous-jacente est que suivre le trajet le plus court permettrait de réduire au minimum la consommation de carburant et l'incidence du vol sur l'environnement. La partie «en route» correspond à la distance parcourue hors d'un cercle de 40 milles nautiques autour d'un aéroport.

Entreprise commune SESAR – Partenariat public-privé constitué pour gérer les activités relevant de la phase de développement du projet SESAR. L'entreprise commune SESAR a pour objet d'assurer la modernisation du système de gestion du trafic aérien européen en coordonnant et en concentrant tous les efforts de recherche et de développement pertinents déployés dans l'UE. Elle est responsable de l'exécution du plan directeur GTA européen.

Espace aérien de route libre – Espace aérien spécifique à l'intérieur duquel les usagers peuvent planifier une route librement entre un point d'entrée et un point de sortie définis, sans se référer au réseau de routes de services de la circulation aérienne, sous réserve de disponibilité. À l'intérieur de cet espace aérien, les vols restent soumis au contrôle de la circulation aérienne.

Eurocontrol – Organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne: organisation intergouvernementale fondée en 1960 afin d'encourager des activités liées au trafic aérien sûres, efficaces et respectueuses de l'environnement dans l'ensemble de la région Europe.

Gestion des courants de trafic aérien (GCTA ou ATFM, Air Traffic Flow Management) – Fonction mise en place dans le but d'assurer un écoulement en toute sécurité, ordonné et rapide du trafic aérien grâce à une utilisation optimale de la capacité de contrôle du trafic aérien, ainsi que de veiller à ce que le volume de trafic soit compatible avec les capacités déclarées par les prestataires de services de la navigation aérienne appropriés.

Gestion du trafic aérien (GTA ou ATM, Air Traffic Management) – Regroupement des fonctions embarquées et au sol (services de circulation aérienne, gestion de l'espace aérien et gestion des courants de trafic aérien) requises pour assurer le mouvement sûr et efficace des aéronefs durant toutes les phases d'exploitation.

Gestionnaire de réseau – Organisme désigné par la Commission européenne en 2011 et chargé de renforcer et d'améliorer les performances du réseau européen de gestion du trafic aérien (GTA). Le gestionnaire de réseau est chargé d'exercer la fonction ATFM centrale, ainsi que de coordonner l'utilisation de ressources limitées et de contribuer à la conception d'un réseau de routes européen.

Horizon 2020 – Instrument de l'UE destiné à financer, au cours de la période allant de 2014 à 2020, le programme pour la recherche et l'innovation intitulé «Union de l'innovation», initiative phare d'Europe 2020 qui vise à assurer la compétitivité de l'Europe sur la scène mondiale.

Mécanisme pour l'interconnexion en Europe – Depuis 2014, le mécanisme pour l'interconnexion en Europe (MIE) fournit un soutien financier à trois secteurs: énergie, transports et technologies de l'information et de la communication (TIC). Dans ces trois domaines, le MIE établit des priorités en matière d'investissements qui devraient être mises en œuvre au cours des dix prochaines années, comme les corridors dans le secteur de l'électricité ou du gaz, l'utilisation d'énergies renouvelables, les corridors de transport interconnectés et les modes de transport plus propres, les connexions à haut débit et à large bande ainsi que les réseaux numériques.

Mouvement IFR – Mouvement d'un aéronef (à l'arrivée ou au départ) effectué selon les règles de vol aux instruments définies à l'annexe 2 de la convention de Chicago.

Organe d'évaluation des performances – Organe désigné pour assister la Commission et, à leur demande, les autorités nationales de surveillance (ANS), dans la mise en œuvre du système de performance.

Plan directeur GTA européen ou plan directeur ATM européen – Document qui expose les modifications opérationnelles essentielles nécessaires en vue de la réalisation des objectifs de performance du ciel unique européen. Il constitue le fondement, défini d'un commun accord, d'un déploiement en temps utile, coordonné et synchronisé des nouvelles fonctionnalités GTA dans le cadre du projet SESAR.

Prestataire de services de navigation aérienne (PSNA) – Toute entité publique ou privée fournissant des services de navigation aérienne pour la circulation aérienne générale.

Projet pilote commun – Premier projet commun, établi en vertu de la législation de l'UE, qui définit un premier ensemble de fonctionnalités GTA à déployer en temps voulu et de manière coordonnée et synchronisée pour réaliser les modifications opérationnelles essentielles découlant du plan directeur GTA européen.

Recherche sur la gestion du trafic aérien dans le ciel unique européen (SESAR – Single European Sky ATM Research) – Projet qui vise à améliorer les performances de gestion du trafic aérien en modernisant et en harmonisant les systèmes ATM grâce à la définition, au développement, à la validation et au déploiement de solutions ATM innovantes sur le plan technologique et opérationnel.

Région d'information de vol – Espace aérien de dimensions définies à l'intérieur duquel des services de navigation aérienne sont assurés.

Réseaux transeuropéens de transport (RTE-T) – Ensemble planifié de réseaux de transport routier, ferroviaire, aérien et navigable en Europe. Le développement des infrastructures au sein du RTE-T est étroitement lié à la mise en œuvre et à l'élargissement de la politique des transports de l'UE.

Retard à l'arrivée pour les services terminaux – Indicateur de performance clé concernant la capacité, qui mesure le nombre moyen de minutes de retard ATFM à l'arrivée par vol imputable aux services de navigation aérienne terminaux et aéroportuaires et dû à des limitations à l'atterrissage à l'aéroport de destination.

Retard ATFM en route – Indicateur de performance clé concernant la capacité et correspondant au nombre moyen de minutes de retard ATFM en route par vol imputable aux services de navigation aérienne. Cet indicateur est exprimé par la différence entre l'heure estimée de décollage demandée par l'exploitant de l'aéronef dans le dernier plan de vol soumis et l'heure de décollage calculée et attribuée par le gestionnaire de réseau.

Service central des redevances de route – Unité d'Eurocontrol chargée de traiter la facturation et la perception des redevances de route auprès des usagers de l'espace aérien, ainsi que de leur redistribution aux États membres d'Eurocontrol.

Services de navigation aérienne – Services comportant: les services de la circulation aérienne (essentiellement le contrôle de la circulation aérienne); les services de communication, de navigation et de surveillance; les services météorologiques; ainsi que les services d'information aéronautique.

Services en route – Services admissibles liés à la fourniture de services de navigation aérienne de route, qui ne comportent donc pas les services terminaux.

Services terminaux – Services admissibles qui concernent: i) les services de contrôle d'aérodrome, les services d'information de vol d'aérodrome, y compris les services consultatifs de la circulation aérienne et les services d'alerte; ii) les services de la circulation aérienne liés à l'approche et au départ des aéronefs à l'intérieur d'une certaine distance d'un aéroport sur la base des besoins opérationnels; iii) une ventilation adéquate de toutes les autres composantes des services de navigation aérienne, reflétant une répartition proportionnée entre services de route et terminaux.

Systèmes de performance et de tarification – Le système de performance fixe des objectifs pour les prestataires de services de navigation aérienne (PSNA) dans les domaines de performance clés que sont la sécurité, l'environnement, la capacité d'espace aérien et l'efficacité économique. Le système de tarification fixe les règles de calcul des taux unitaires imputables aux usagers de l'espace aérien pour la fourniture de services de navigation aérienne.

Temps supplémentaire passé en phase de roulage au départ – Indicateur qui correspond à la mesure du temps supplémentaire passé en phase de roulage au départ, c'est-à-dire à la différence entre le temps réel de roulage d'un aéronef au départ et le temps en l'absence de contraintes basé sur les temps de roulage au départ en périodes de faible trafic.

Unité de services – Unité utilisée pour calculer les redevances imposées aux usagers de l'espace aérien. L'unité de services en route est égale au produit des coefficients «distance» et «poids» de l'aéronef en question. L'unité de services terminaux est égale au coefficient «poids» de l'aéronef en question.

Usagers de l'espace aérien – Exploitants d'aéronefs, qu'ils soient civils (compagnies aériennes commerciales et aviation générale) ou militaires.

Zone tarifaire de route – Volume d'espace aérien pour lequel une assiette de coût unique et un taux unitaire unique sont établis.

Zone tarifaire terminale – Aéroport ou groupe d'aéroports pour lequel une assiette de coût unique et un taux unitaire unique sont établis.

Abréviations, sigles et acronymes

ACA – Analyse coûts-avantages

AESA – Agence européenne de la sécurité aérienne

ANS – Autorité nationale de surveillance

ATC – Contrôle de la circulation aérienne (Air Traffic Control)

ATCO – Contrôleur de la circulation aérienne (Air Traffic Controller)

BEAF ou FAB – Bloc(s) d'espace aérien fonctionnel(s) (FAB – Functional Airspace Block)

CCR – Centre de contrôle régional

CNS – Services de communication, de navigation et de surveillance (Communication, Navigation and Surveillance services)

CUE ou SES – Ciel unique européen (Single European sky)

DG MOVE – Direction générale de la mobilité et des transports

DUC – Coût unitaire fixé (Determined Unit Cost)

EC SESAR – Entreprise commune SESAR

GCTA ou ATFM – Gestion des courants de trafic aérien (Air Traffic Flow Management)

GTA ou ATM – Gestion du trafic aérien (Air Traffic Management)

IFR – Règles de vol aux instruments (Instrument Flight Rules)

IPC – Indicateur de performance clé

OACI – Organisation de l'aviation civile internationale

PSNA – Prestataire de services de navigation aérienne

R&D – Recherche et développement

RESIV – Région européenne supérieure d'information de vol

RTE-T – Réseau transeuropéen de transport

SCRR – Service central des redevances de route

SESAR – Recherche sur la gestion du trafic aérien dans le ciel unique européen (Single European Sky ATM Research)

Notes

1 Source: Statistiques sur le transport aérien d'Eurostat et prévision sur sept ans d'Eurocontrol (ESRA08).

2 Avertissement d'Eurocontrol: l'utilisation de cette carte s'effectue sous la responsabilité et aux risques exclusifs de l'utilisateur.

3 Le calcul effectué par la Cour des comptes européenne est fondé sur des rapports du SCRR d'Eurocontrol et de l'organe d'évaluation des performances. Il inclut à la fois les redevances de route et celles pour services terminaux.

4 Article premier du règlement (CE) n° 549/2004 du Parlement européen et du Conseil du 10 mars 2004 fixant le cadre pour la réalisation du ciel unique européen (JO L 96 du 31.3.2004, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE) n° 1070/2009.

5 L'ensemble des 28 États membres de l'UE, l'Albanie, l'Arménie, la Bosnie-Herzégovine, l'ancienne République yougoslave de Macédoine, la Géorgie, le Kosovo, la Moldavie, le Monténégro, la Norvège, la Serbie, la Suisse, l'Ukraine et la Turquie.

6 Towards a Single System for Air Traffic Control in Europe, rapport final du consultant adressé à l'Association des compagnies européennes de navigation aérienne, septembre 1989.

7 Réunions «MATSE» (ministres des transports de la CEAC sur le système de trafic aérien en Europe) en 1988 et en 1990.

8 Le diagnostic de la Commission s'appuyait, entre autres, sur les documents clés suivants: la communication de la Commission sur les problèmes liés à la capacité du système du trafic aérien (COM(88) 577 final de janvier 1989); le livre blanc présenté par la Commission et intitulé «La gestion du trafic aérien – Vers un espace aérien sans frontières» de 1996; le document COM(1999) 614 final/2 du 6.12.1999 intitulé «La création du ciel unique européen»; le rapport de novembre 2000 du groupe de haut niveau (composé de hauts représentants des autorités civiles et militaires des États membres responsables du trafic aérien, ce groupe a aussi reçu des contributions des usagers de l'espace aérien, des PSNA, des constructeurs et de représentants du personnel); ainsi que le document COM(2001) 123 final intitulé «Programme d'action pour la réalisation du ciel unique européen».

9 Règlements (CE) nos 549/2004, 550/2004, 551/2004 et 552/2004 du Parlement européen et du Conseil, tels que modifiés ultérieurement.

10 L'administration fédérale de l'aviation, qui est responsable de la GTA, ainsi que deux institutions d'audit qui ont réalisé des travaux pertinents dans ce domaine, à savoir l'institution supérieure de contrôle des États-Unis d'Amérique (Government Accountability Office) et le bureau de l'inspecteur général du ministère des transports.

11 Initialement annoncés par le commissaire Jacques Barrot en 2005, ces objectifs de haut niveau ont par la suite été intégrés au plan directeur GTA européen adopté par le Conseil en 2009.

12 Rapport annuel d'activité 2013 de la DG MOVE.

13 Entre 2000 et 2016, le taux de croissance moyen du trafic n'a été que de 1 %, nettement en deçà des prévisions figurant dans les documents préparatoires du CUE (5-7 %). De plus, les compagnies aériennes ont progressivement utilisé des aéronefs disposant d'une capacité en sièges plus élevée et/ou les ont exploités avec un meilleur taux de remplissage. Dès lors, la croissance attendue des transports aériens, mesurée en nombre de passagers, ne s'est pas traduite par une augmentation proportionnelle du trafic aérien.

14 Les objectifs de l'UE ont été adoptés dans le cadre de décisions spécifiques. En ce qui concerne la première période de référence: décision 2011/121/UE de la Commission du 21 février 2011 fixant les objectifs de performance de l'Union européenne et les seuils d'alerte pour la fourniture de services de navigation aérienne pour les années 2012 à 2014 (JO L 48 du 23.2.2011, p. 16). En ce qui concerne la deuxième période de référence: décision d'exécution 2014/132/UE de la Commission du 11 mars 2014 fixant les objectifs de performance de l'Union pour le réseau de gestion du trafic aérien et les seuils d'alerte pour la deuxième période de référence 2015-2019 (JO L 71 du 12.3.2014, p. 20).

15 Les taux unitaires ont été calculés sous la forme d'une moyenne pondérée des taux en route publiés dans toutes les zones tarifaires du CUE et sont présentés à prix constants (année de référence 2004 = 100).

16 Gestionnaire de réseau: Annual Network Operations Report, 2016.

17 Selon le mécanisme de partage du risque lié au trafic, établi dans le cadre du système de tarification, les PSNA sont autorisés à recouvrer auprès des usagers de l'espace aérien une partie des revenus prévus qui n'ont pas été perçus parce que le volume de trafic attendu ne s'est pas concrétisé. Pour ce faire, le taux unitaire des années suivantes a été ajusté. L'annexe III comporte de plus amples détails sur le fonctionnement du système de tarification.

18 Dans un contexte de faibles taux d'intérêt, ces régimes de pensions à prestations définies ont imposé aux PSNA le versement de contributions annuelles supplémentaires afin d'assurer que les employés couverts obtiennent les prestations de retraite convenues.

19 Règlement (UE) n° 691/2010 de la Commission du 29 juillet 2010 établissant un système de performance pour les services de navigation aérienne et les fonctions de réseau (JO L 201 du 3.8.2010, p. 1), ultérieurement abrogé par le règlement d'exécution (UE) n° 390/2013 de la Commission.

20 Considérant 8 de la décision 2011/121/UE de la Commission.

21 Efficacité horizontale des vols en route.

22 Selon le Central Office for Delay Analysis (CODA) Digest 2016 d'Eurocontrol, le retard global enregistré par vol effectué selon les règles de vol aux instruments était de 11,3 minutes, dont 6,2 minutes imputables à des causes premières déterminées (compagnies aériennes: 51 %, GCTA: 28 %, aéroports: 7 % et autres causes: 14 %). Les 5,1 minutes restantes sont qualifiées de retards en chaîne, générés à la suite de l'arrivée tardive d'un aéronef lors d'un vol précédent qui, à son tour, affecte la ponctualité du prochain vol avec le même aéronef et retarde éventuellement des passagers en transit.

23 La notion de bloc d'espace aérien fonctionnel est décrite aux points 38 à 49.

24 Article 5 du règlement (UE) n° 182/2011 du Parlement européen et du Conseil du 16 février 2011 établissant les règles et principes généraux relatifs aux modalités de contrôle par les États membres de l'exercice des compétences d'exécution par la Commission (JO L 55 du 28.2.2011, p. 13).

25 Dans le cas du BEAF FAB BlueMed, les objectifs de capacité n'avaient pas encore été adoptés au moment de l'audit.

26 Article 20 du règlement d'exécution (UE) n° 390/2013 de la Commission du 3 mai 2013 établissant un système de performance pour les services de navigation aérienne et les fonctions de réseau (JO L 128 du 9.5.2013, p. 1).

27 Article 20 du règlement d'exécution (UE) n° 391/2013 de la Commission du 3 mai 2013 établissant un système commun de tarification des services de navigation aérienne (JO L 128 du 9.5.2013, p. 31).

28 Article 4 du règlement (CE) n° 549/2004.

29 Article 17, paragraphe 1, point c), du règlement d'exécution (UE) n° 391/2013 de la Commission.

30 Dans le contexte du système de tarification, les dépenses en capital incluent le coût des capitaux nécessaires pour financer les investissements en actifs nouveaux jugés indispensables pour fournir les services, ainsi que celui de l'amortissement ultérieur.

31 Rapports annuels de suivi 2014 et 2015 de l'organe d'évaluation des performances.

32 COM(2001) 564 final.

33 Article 2, paragraphe 25, du règlement (CE) n° 549/2004 («règlement-cadre»).

34 Articles 3 et 5 du règlement (CE) n° 551/2004 du Parlement européen et du Conseil du 10 mars 2004 relatif à l'organisation et à l'utilisation de l'espace aérien dans le ciel unique européen («règlement sur l'espace aérien») (JO L 96 du 31.3.2004, p. 20).

35 Article 8, paragraphe 4, du règlement (CE) n° 550/2004 du Parlement européen et du Conseil du 10 mars 2004 relatif à la fourniture de services de navigation aérienne dans le ciel unique européen («règlement sur la fourniture de services») (JO L 96 du 31.3.2004, p. 10).

36 Article 2, paragraphe 25, du règlement (CE) n° 549/2004, tel que modifié en 2009.

37 Article 9 bis du règlement (CE) n° 550/2004.

38 Study on Functional Airspace Blocks – Final Report, Integra, 2017.

39 Le projet pilote commun est le premier projet commun établi par la législation de l'UE. Il définit un premier ensemble de fonctionnalités GTA à déployer en temps voulu et de manière coordonnée et synchronisée pour réaliser les modifications opérationnelles essentielles découlant du plan directeur GTA européen.

40 U.S. - Europe continental comparison of ANS cost-efficiency trends (2006-2014), Eurocontrol.

41 Dans ce tableau, la productivité est calculée sur la base du nombre total d'heures de vol IFR contrôlées en 2014 dans chaque zone, divisé par le nombre total de contrôleurs de la circulation aérienne en service opérationnel chargés de contrôler ces vols.

42 La productivité des contrôleurs de la circulation aérienne est mesurée comme suit: le nombre total d'heures de vol contrôlées par heure de service de chaque contrôleur est agrégé par centre de contrôle de la circulation aérienne. La source de ces données est le rapport comparatif de 2014 sur l'analyse coût-efficacité d'Eurocontrol.

43 The impact of fragmentation in European ATM/CNS, commission d'examen des performances d'Eurocontrol, avril 2004, étude commandée à un consultant.

44 Dans un rapport spécial précédent relatif aux infrastructures aéroportuaires (rapport spécial n° 21/2014 de la Cour intitulé «Infrastructures aéroportuaires financées par l'UE: des investissements peu rentables»), la Cour avait aussi constaté que plusieurs investissements avaient été effectués sur la base de prévisions trop optimistes concernant la fréquentation.

45 COM(2005) 602 final.

46 Règlement (CE) n° 219/2007 du Conseil (JO L 64 du 2.3.2007, p. 1).

47 Eurocontrol a sélectionné le groupement d'entreprises au moyen d'un appel d'offres et a apporté une contribution en nature à la phase de définition du projet SESAR.

48 Une analyse de la situation existante (D1), l'objectif de performance (D2), le concept cible ATM (D3), la séquence de déploiement (D4), le plan directeur GTA (D5) et un programme de travail pour la période 2008-2013 (D6).

49 Règlement (CE) n° 219/2007 du Conseil.

50 Article premier, paragraphe 5, du règlement (CE) n° 219/2007 du Conseil.

51 À savoir une communication de la Commission au Conseil et au Parlement sur le plan directeur de gestion du trafic aérien (COM(2008) 750 final) et la résolution du Conseil de mars 2009 sur l'approbation du plan directeur européen de gestion du trafic aérien.

52 La série de travaux Workpackage C était consacrée à la tenue à jour du plan directeur et un montant d'environ 51,4 millions d'euros lui avait été alloué.

53 Plan directeur GTA, édition 2012, p. 14.

54 Total Costs, Schedules, and Benefits of Federal Aviation Administration's NextGen Transformational Programs remain uncertain, bureau de l'inspecteur général du ministère des transports, novembre 2016.

55 D'après des estimations calculées par l'entreprise commune SESAR, les PSNA devraient apporter quelque 55 % du total des investissements nécessaires pour réaliser le concept cible, à savoir environ 10 à 15 milliards d'euros.

56 L'édition 2012 du plan directeur GTA européen définit non seulement une «référence pour le déploiement» comportant les modifications opérationnelles validées avec succès après la fin de leur phase de recherche et développement, mais il recense aussi: l'étape 1 (exploitation sur une base temps), l'étape 2 (exploitation reposant sur la trajectoire) et l'étape 3 (exploitation fondée sur les performances). Dans cette édition, les objectifs de performance n'ont été calculés que pour l'année de référence et pour l'étape 1.

57 Document de travail des services de la Commission SWD(2013) 262.

58 En juin 2016, l'entreprise commune SESAR a publié un catalogue des solutions SESAR, qui en énumère 63, dont plusieurs prêtes pour l'industrialisation et d'autres qui nécessitaient des recherches supplémentaires.

59 La méthode européenne de validation des concepts opérationnels comporte les huit niveaux de maturité suivants, applicables au cycle de vie d'un concept opérationnel GTA: V0 (Identification des besoins GTA), V1 (Définition du concept), V2 (Faisabilité), V3 (Développement préindustriel et intégration), V4 (Industrialisation), V5 (Déploiement), V6 (Opérations) et V7 (Démantèlement)). Les travaux de l'entreprise commune concernent les niveaux V1 à V3, à savoir mener les concepts jusqu'au stade où ils sont prêts pour une industrialisation.

60 Depuis 1998, la commission d'examen des performances d'Eurocontrol fournit des conseils indépendants aux instances dirigeantes d'Eurocontrol au moyen d'indicateurs de performance et par la publication de rapports d'évaluation des performances.

Étape Date
Adoption du plan d'enquête/début de l'audit 11.5.2016
Envoi officiel du projet de rapport à la Commission (ou à toute autre entité auditée) 24.7.2017
Adoption du rapport définitif après la procédure contradictoire 11.10.2017
Réception des réponses officielles de la Commission (ou de toute autre entité auditée) dans toutes les langues 23.11.2017

Équipe d’audit

Les rapports spéciaux de la Cour présentent les résultats de ses audits relatifs aux politiques et programmes de l'UE ou à des questions de gestion concernant des domaines budgétaires spécifiques. La Cour sélectionne et conçoit ces activités d'audit de manière à maximiser leur incidence en tenant compte des risques susceptibles d'affecter la performance ou la conformité, du niveau des recettes ou des dépenses concernées, des évolutions escomptées ainsi que de l'importance politique et de l'intérêt du public.

Le présent audit de la performance a été réalisé par la Chambre II, présidée par Mme Iliana Ivanova, Membre de la Cour, et compétente pour les domaines de dépenses relatifs à la cohésion, à la croissance et à l'inclusion. L'audit a été effectué sous la responsabilité de M. George Pufan, Membre de la Cour, assisté de: M. Patrick Weldon, chef de cabinet; M. Mircea Radulescu, attaché de cabinet; M. Pietro Puricella,manager principal; M. Afonso Malheiro, chef de mission; Mmes Maria Dominguez, Annekatrin Langer et Judit Oroszki,ainsi que MM. Luis de la Fuente Layos et Erki Must, auditeurs.

De gauche à droite: Luis de la Fuente Layos, Annekatrin Langer, Afonso Malheiro, Erki Must, Maria Dominguez, George Pufan, Pietro Puricella, Mircea Radulescu et Patrick Weldon.

Contact

COUR DES COMPTES EUROPÉENNE
12, rue Alcide De Gasperi
1615 Luxembourg
LUXEMBOURG

Tél. +352 4398-1
Contact: eca.europa.eu/fr/Pages/ContactForm.aspx
Site web: eca.europa.eu
Twitter: @EUAuditors

De nombreuses autres informations sur l’Union européenne sont disponibles sur l’internet via le serveur Europa (http://europa.eu).

Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne, 2017

PDFISBN 978-92-872-8538-6ISSN 1977-5695doi:10.2865/154174QJ-AB-17-019-FR-N
HTMLISBN 978-92-872-8518-8ISSN 1977-5695doi:10.2865/96634QJ-AB-17-019-FR-Q

© Union européenne, 2017.

Toute utilisation ou reproduction de photos ou d’autres éléments non protégés par le droit d’auteur de l’Union européenne nécessite l’autorisation expresse du titulaire du droit d’auteur.

COMMENT PRENDRE CONTACT AVEC L’UNION EUROPÉENNE?

En personne
Dans toute l’Union européenne, des centaines de centres d’information Europe Direct sont à votre disposition. Pour connaître l’adresse du centre le plus proche, visitez la page suivante: http://europa.eu/contact

Par téléphone ou courrier électronique
Europe Direct est un service qui répond à vos questions sur l’Union européenne. Vous pouvez prendre contact avec ce service:

  • par téléphone: via un numéro gratuit: 00 800 6 7 8 9 10 11 (certains opérateurs facturent cependant ces appels),
  • au numéro de standard suivant: +32 22999696;
  • par courrier électronique via la page http://europa.eu/contact

COMMENT TROUVER DES INFORMATIONS SUR L’UNION EUROPÉENNE?

En ligne
Des informations sur l’Union européenne sont disponibles, dans toutes les langues officielles de l’UE, sur le site internet Europa à l’adresse http://europa.eu

Publications de l’Union européenne
Vous pouvez télécharger ou commander des publications gratuites et payantes sur le site EU Bookshop à l’adresse suivante: http://op.europa.eu/eubookshop. Vous pouvez obtenir plusieurs exemplaires de publications gratuites en contactant Europe Direct ou votre centre d’information local (http://europa.eu/contact).

Droit de l’Union européenne et documents connexes
Pour accéder aux informations juridiques de l’Union, y compris à l’ensemble du droit de l’UE depuis 1951 dans toutes les versions linguistiques officielles, consultez EUR-Lex à l’adresse suivante: http://eur-lex.europa.eu

Données ouvertes de l’Union européenne
Le portail des données ouvertes de l’Union européenne (http://data.europa.eu/euodp/fr/home?) donne accès à des ensembles de données provenant de l’UE. Les données peuvent être téléchargées et réutilisées gratuitement, à des fins commerciales ou non commerciales.